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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

De la bombe

Un premier roman inégal

Un premier roman inégal

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à De la bombe premier roman de Clarisse Gorokhoff. La bombe du titre est polysémique : engin explosif, femme pulpeuse et magnifique, plongeon en position agenouillé dans une piscine. Les trois acceptions donnent une clé de lecture au roman. Ophélie, la narratrice et héroïne, vingt cinq ans, est française. Elle est provisoirement installée à Istanbul. D’une part elle profite de cette ville pour mener une vie lascive de plaisirs sensuels et de l’autre elle apparaît comme une terroriste en herbe qui veut ravager le Four Seasons Bosphorus. C’est l’hôtel de luxe dans lequel la suite 432 héberge ses rencontres régulières avec Sinan, son amant plus âgé. Sa relation avec lui est ambiguë, il n’hésite pas malgré les sentiments doux à l’humilier. Elle est aidée dans la préparation de son entreprise meurtrière par Derya, la femme de chambre kurde qui sait manier les explosifs et initie donc la française. La narratrice s’imagine le résultat de l’explosion de la bombe qu’elle se destine à amorcer : « j’ai en tête le graphisme du choc, le déchaînement de couleurs et la mélodie détonante qui se répandra dans l’air. Ce qui m’importe plus que tout, c’est la déflagration – la combustion rapide accompagnée de flammes, de projection de particules incandescentes. Je la désire d’une puissance esthétique propre à marquer à jamais les mémoires. » Mais passer à l’acte ne correspond pas toujours au plan élaboré en amont. Cette bombe va-t-elle réellement être déclenchée par Ophélie ? Quoi qu’il en soit, des victimes innocentes vont mourir au bord de la piscine du palace. Quelle est la lucidité d’Ophélie lorsqu’elle se dit : « si je trouvais un carnet ou des feuilles vierges, je m’acharnerais à y composer l’épopée de ma solitude. J’y raconterais des choses inimaginables pour le commun des hommes, des théories inconcevables, des confidences irrecevables, des murmures malséants. J’y parlerais de la bombe – ma bombe – celle que j’ai posée et qui a explosé. » ?

L’acte commis, Ophélie rejoint son appartement sis dans la banlieue de la mégapole pour s’y terrer. Sa voisine et le fils de cette dernière son liés à Sinan, propriétaire richissime et exploiteur invétéré. Ophélie doit répondre à leurs sollicitations sous peine d’être repérée voire dénoncée. Alors, les événements dégénèrent, une mort violente est inéluctable. Ophélie doit alors fuir Istanbul et elle entreprend un road trip vers la frontière grecque et la côte égéenne, transportant dans la voiture un encombrant cadavre. Celui de son ex amant à qui elle veut offrir une sépulture digne de leurs sentiments passés. Cela devient loufoque tout en restant dramatique. Le mélange des genres est plutôt réussi, même si l’impression évanescente est une certaine étrangeté de ce roman ; la violence extrême y côtoie la sensualité exacerbée. Par conséquent, ce premier pas en littérature n’est que partiellement convainquant et devra être confirmé par l’auteur.

Voilà, je vous ai donc parlé De la bombe de Clarisse Gorokhoff paru aux éditions Gallimard.

Istanbul, cadre de l'explosion de la bombe

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