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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Une génération sacrifiée ?

Essai sociologique sur les jeunes en déshérence

Essai sociologique sur les jeunes en déshérence

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier essai de Stéphane Beaud et Gérard Mauger Une génération sacrifiée ? Stéphane Beaud s’intéresse depuis de nombreuses années aux classes populaires, notamment avec ses enquêtes conduites à Sochaux avec Michel Pialoux. Cet ouvrage collectif est la compilation d’une dizaine de contributions sociologiques centrées sur des enquêtes autour des Jeunes des classes populaires dans la France désindustrialisée. En général, les enquêtes s’intéressent aux jeunes issus des cités de banlieue, des quartiers dits difficiles. Les textes ici réunis élargissent le champ et montrent que d’autres jeunes appartiennent à cette catégorie populaire archétypique. Même si leurs problématiques ne sont pas identiques, ces garçons et ces filles de petites villes et de territoires ruraux souffrent également de difficulté à rejoindre la France qui s’en sort. A l’origine de ces recherches les sociologues partent d’un constat simple et étayé. En quelques décennies, le taux d’inscription à l’université a explosé en raison de l’augmentation drastique des jeunes détenteurs du baccalauréat en particulier dans les milieux populaires. Durant la même période, les emplois les moins qualifiés étaient menacés par la désindustrialisation galopante du pays.

Dans l’ouvrage, les sociologues s’intéressent à des histoires de vie et des trajectoires personnelles, recueillies lors d’entretiens de terrain. A partir de ces éléments ils apportent des éléments théoriques afin de mettre en perspective ces faits. Les titres des chapitres sont indicatifs du contenu. La situation des jeunes des classes populaires est la conséquence de la crise industrielle. Leur milieu de naissance est statistiquement souvent éloigné de la valorisation de l’école et de la culture dite légitime (en opposition à la culture populaire). Ils n’ont pas été préparés à suivre des études universitaires et à intégrer les cursus les plus prestigieux. D’ailleurs, les chiffres montrent souvent que la majorité ne parvient pas à décrocher un diplôme de second cycle. Les classes populaires sont traditionnellement porteuses des valeurs ouvrières assez éloignées des valeurs intellectuelles. La massification scolaire n’a pas partout eu l’effet attendu. Les espoirs sont déçus et les jeunes ne parviennent pas à réussir dans la vie professionnelle ce qui déteint inéluctablement sur leur vie intime. Un slogan résume la situation à laquelle bien des jeunes hommes sont confrontés : « pas de diplôme, pas de taf, pas de meuf ». Tout s’enchaine et ces garçons des classes populaires sont condamnés au désœuvrement. Pour les filles, les désillusions sont également nombreuses ; malgré une réussite scolaire supérieure à celle des garçons, leurs perspectives professionnelles sont souvent orientées vers des métiers d’aide à la personne et de service, emplois sexués et peu valorisés. La maternité et l’élevage des enfants reste fréquemment l’avenir des filles de milieu populaire.

Les travaux sociologiques sont souvent négligés voire méprisés par les responsables politiques. Pourtant, la lecture de ces études est indispensable pour bien appréhender les tenants et les aboutissants sociétaux. Ce genre de lecture doit être encouragé, ce livre passionnant en est un excellent exemple.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Une génération sacrifiée ? de Stéphane Beaud et Gérard Mauger paru aux éditions de la rue d’Ulm.

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