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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Les jours enfuis

Dernier roman new-yorkais de McInerney

Dernier roman new-yorkais de McInerney

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier roman de Jay McInerney Les jours enfuis. Ce romancier américain s’est fait connaître dans les années 80 avec Journal d’un oiseau de nuit, la chronique autobiographique d’un jeune new-yorkais désœuvré et accro à la drogue. Dès lors, il est devenu culte et l’égérie de la littérature américaine contemporaine. Avec Trente ans et des poussières l’écrivain mettait en scène le couple constitué par Russell et Corrine Calloway. Ils sont les protagonistes récurrents de son œuvre romanesque. Ce sont désormais des quinquas bien établis dans la vie sociale.

Les jours enfuis, est le récit de la relation de ce couple new-yorkais hipster au bord de l’implosion. Ils sont unis depuis plusieurs années, ils ont deux enfants. Leur mariage parait exemplaire. Le couple qu’elle forme avec Russell s’embourgeoise ; ils vivent dans un loft qui n’est plus adapté à la vie familiale. Elle aspire à déménager, avoir deux salles de bain, changer de quartier si besoin. Il s’y oppose, attaché à leur habitat bohème et à son environnement. Il est éditeur et vient de lancer un jeune auteur, elle travaille pour une association caritative et distribue des denrées alimentaires aux plus nécessiteux. Leur mariage s’enlise, les habitudes et les routines dominent, le manque de surprise et d’initiative sensuelle menace la relation d’étiolement.

L’action se déroule en 2008, quelques années après les attentats du World Trade Center. Lors des opérations de secours post onze septembre Corrine avait croisé Luke. Malgré les circonstances dramatiques elle avait été charmée par cet homme. A l’occasion de sa participation à un gala de charité Corrine va recroiser ce play-boy séduisant. Il vit désormais en Afrique du Sud où il est récoltant de vin. Il s’est récemment marié avec une jeune beauté désireuse de devenir mère. Les sentiments qui unissent Luke et Corrine sont exacerbés. Les retrouvailles avec le séducteur font vaciller les convictions de la mère de famille, elle est sous le charme. Ils vont multiplier les escapades amoureuses, les rencontres discrètes : « le sexe avec Luke avait été électrique depuis le début, mais elle ne s’était jamais sentie aussi audacieuse ni aussi insatiable qu’au cours des quarante-huit heures qui s’ensuivirent. Son ardeur était décuplée par le sentiment du caractère éphémère de la situation. » Il est riche, il pilote un jet privé et l’emmène dans des coins fantastiques. Malgré sa vie établie, grâce à la complicité d’une amie, Corrine profite de ces instants, sans réelle culpabilité quant à sa tromperie vis-à-vis de son mari. Cependant, elle n’est pas prête à tout abandonner et hésite entre raison et passion. L’une des interrogations du roman a trait à la pérennité du mariage. En effet, « les couples les plus solides, comme les bateaux les plus résistants, sont ceux qui savent essuyer les tempêtes. Ils prennent l’eau, tanguent, donnent de la bande et sont proches de couler, puis ils se redressent et refont cap vers l’horizon. Après tout, n’est-ce pas pour le meilleur et pour le pire que l’on se marie ? » Le portrait de Luke n’est pas particulièrement flatteur en raison de son attitude machiste et sa considération pour son épouse : « tant qu’il n’aurait pas fait le point sur sa passion pour Corrine, il n’était pas question de mettre sa femme enceinte. Il ne pouvait pas non plus le lui refuser indéfiniment, et son désir de repousser le moment où il faudrait rendre des comptes, conjugué à des regrets sincères et même à une part d’amour firent imperceptiblement se transformer le mouvement de consolation en gestes de stimulation, ses sanglots se muant en gémissements lorsqu’elle lui arracha ceinture et pantalon. Ses réserves et ses scrupules disparurent quand il s’enfonça en elle. » Luke quittera son épouse, reviendra aux Etats-Unis sans pour autant convaincre Corrine de vivre avec lui.

Voilà un bref extrait qui illustre l’humour et la distance par rapport à l’étiolement de l’amour : « on t’a déjà raconté cette blague sur les trois étapes du mariage ? Au tout début, c’est le sexe électrique, on baise en s’accrochant aux lustres. Ensuite, c’est le sexe en chambre, une fois par semaine, au lit. Et finalement, c’est le sexe du couloir. Tu sais ce que c’est ?

Non, raconte.

On se croise dans le couloir et on se dit : « Va te faire foutre ! »

Ce roman incarne la chute possible d’un couple mais aussi la force de l’amour qui demande à être stimulé pour ne pas sombrer dans le quotidien fade et banal. L’institution sociale représentée par le mariage avec le conformisme associé est bousculée mais finit par résister. Le couple est attachant, le lecteur s’intéresse à leur relation dans tous ses excès et débordements. Le roman est encore une fois un portrait de la ville monde qu’est New-York pendant la récente crise économique.

Voilà, je vous ai donc parlé des jours enfuis de Jay McInerney paru aux éditions de l’Olivier.

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