Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Tout un été sans Facebook

Le nouveau roman de Romain Puertolas

Le nouveau roman de Romain Puertolas

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à Tout un été sans Facebook, le troisième roman de Romain Puertolas. Ce jeune auteur s’est fait connaître avec son premier opus intitulé L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa. Il affectionne les titres longs et drôles. Son nouvel opus est un pastiche de polar au ton loufoque truffé d’humour. L’héroïne de ce roman s’appelle Agatha Crispies. La sonorité de son nom rappelle la papesse du roman policier anglais. Nul doute que Puertolas rend ainsi hommage à cet auteur plus qu’il ne s’en moque.

Agatha Crispies est policière, à New York, Colorado, un village de cent cinquante âmes où elle a été affectée suite à un échec dans la résolution d’une enquête à New York, New-York. Cet exil professionnel est la punition relative à son incompétence, son chef est dans la même situation, il venait de Miami. Elle est noire, grosse et en permanence en train de manger des donuts fourrés au chocolat. En voici une brève description : « Agatha était une jeune femme de trente-cinq ans qui en imposait quand elle entrait quelque part. (…). Des seins et un postérieur aussi démesurés que les promesses d’un candidat à la présidence. Par la couleur de sa peau, ensuite, d’un noir de jais, exotique dans ce coin de l’Amérique profonde, voire très profonde. » Le titre du roman fait référence au lieu où se déroule l’action. La bourgade au fin fond des Etats-Unis est tellement reculée que les connexions internet ne fonctionnent pas et que l’utilisation des réseaux sociaux se révèle impossible.

Il ne se passe rien dans ce lieu, aucune enquête à mener, les flics du commissariat sont désœuvrés. Ils s’occupent comme ils peuvent. Pour notre héroïne, narratrice du récit, c’est la lecture qui est privilégiée. « L’extraordinaire, merveilleux et indispensable club de lecture dont je suis la présidente, et qui accueille tous ceux qui ne savent ni tricoter, ni remplir les grilles de sudoku, ni lancer des fléchettes, boire de la bière ou roter, et accessoirement, personne… La communauté Facebook compte environ deux milliards de membres. A titre de comparaison, le club de lecture du commissariat de New York, Colorado, en compte environ 1 999 999… (de moins). » La passion d’Agatha pour la lecture est telle qu’elle tente de convertir ses collègues à son penchant addictif. Malgré l’échec patent de cette tentative elle ne se décourage pas. Au contraire, elle illustre ses propos de nombreuses citations et références littéraires. Philosophe, elle prend du recul sur la situation et insiste : « Le snobisme littéraire et culturel est une plaie aussi néfaste que l’illettrisme. Ne pas vouloir s’ouvrir aux autres, ne pas chercher à découvrir d’autres choses, rester dans son petit confort, enfermé dans sa petite case, ne jamais se remettre en question, ce n’est pas faire preuve d’intelligence. J’aime les livres, tous, sans discrimination. On discrimine assez les gens pour discriminer aussi leurs écrits. (…). Le livre est un bon compagnon, un ami, un amant. Il se glisse dans notre lit, dans notre bain, sur notre sofa. La lecture est un moment de solitude que l’on partage avec des personnages, une histoire que l’on fait nôtre. »

Malgré l’éloignement urbain et le racisme ambiant New York, Colorado présente des avantages : « Ici les gens sont foncièrement heureux car ils n’ont pas de portable, pas de Facebook, pas d’Internet, d’Instagram pour les détourner des plaisirs simples de la vie, celui de se promener dans la forêt, de lire bercés par le seul chant des oiseaux, d’escalader des montagnes, de profiter d’un coucher de soleil sur le lac sans nécessité de le photographier et de le mettre aussitôt sur les réseaux sociaux. » Ces affirmations constituent une apologie du droit à la déconnexion et du plaisir de profiter des bonheurs simples de la vie.

Le lecteur s’intéresse plus au style, au ton qu’à l’intrigue elle-même. La farce, le pastiche sont plus importants que la résolution des crimes commis. C’est tout le paradoxe de ce roman atypique. L’auteur se moque de ceux qui seraient trop concentrés sur l’enquête, il leur tend même un piège, croc-en-jambe pour ceux qui ne respectent pas le projet du romancier : « Alors voilà, je vous parle de tout cela car j’aimerais jouer un petit tour à ces lecteurs impatients qui se plongeront dans le dernier chapitre de ce roman avant de le commencer. Je ne trouve pas juste qu’ils aient la réponse avant vous, qui avez dû lire toutes ces pages avant de connaître l’identité mystérieuse de notre assassin. » La parodie est telle que les indices permettent de comprendre la duplicité de certains personnages et la responsabilité et l’implication des uns et des autres dans les événements dramatiques qui endeuillent la région. A l’instar de son premier roman l’auteur amuse et relève le défi en parvenant à ne jamais être ridicule dans ce qu’il raconte avec ironie et tendresse.

Voilà, je vous ai donc parlé de Tout un été sans Facebook de Romain Puertolas paru aux éditions Le Dilettante.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article