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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Les filles au lion

Le second roman de Jessie Burton

Le second roman de Jessie Burton

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au second roman de Jessie Burton intitulé Les filles au lion. Son premier opus, Miniaturiste, était une vraie découverte, la révélation d’un auteur talentueux. Ce roman a été un véritable phénomène éditorial, avec des ventes exceptionnelles et de nombreuses traductions. Cette fois, elle change de cadre et d’époque. Le XVIIe siècle hollandais laisse la place au XXe. Son nouveau roman est composé de deux histoires sans lien évident entre elles qui évoluent d’abord en parallèle. Les chapitres alternent, d’une part en Espagne en 1936 et de l’autre à Londres en 1967. Le lecteur devra attendre les ultimes pages pour réussir à imbriquer les différentes pièces de ce puzzle où les identités sont souvent masquées et les arts mis en valeur.

Odelle Bastien, jeune femme noire originaire de Trinidad, est installée dans la capitale britannique. C’est par sa voix que toute l’histoire est recomposée et racontée. Elle est vendeuse de chaussures dans une boutique mais ne s’épanouit pas. Elle aspire à mieux et elle saisit l’opportunité de se faire embaucher par Marjorie Quick comme dactylographe à la galerie Skelton. Colocataire avec Cynthia son amie et compatriote elle va se retrouver seule quand cette dernière se marie et déménage. Cet emploi n’est qu’une étape vers son rêve d’accomplissement. Odelle écrit en effet des poèmes avec une ambition secrète : être publiée. Sa patronne, qui la prend sous son aile, croit en elle et contribue à la parution de ses premières nouvelles dans la presse. Odelle s’intéresse beaucoup au tableau que Lawrie, son petit ami a en sa possession, hérité de sa mère. Cette toile mystérieuse supposément peinte dans les années 30 par Isaac Robles, espagnol peu connu, va devenir l’enjeu d’une enquête en catimini. Comme l’affirme la narratrice « ce tableau a déposé des bombes à retardement qui ont continué à exploser – parfois avec une force dérangeante – au fil des décennies. Et l’an dernier, une question a commencé à m’oppresser, aussi obstinée qu’un lion qui pose son regard sur vous et ne vous laisse plus partir. Pendant des années, j’avais savouré la vérité cachée de ces filles, ce secret miraculeux d’une adolescente de dix-neuf ans qui peint dans le grenier de la maison que son père a loué en Espagne. » Odelle comprend que ce tableau est entouré de secret et s’attache à les percer et les révéler. Elle s’efforce de sonder Quick qui semble détenir des éléments relatifs à cette peinture.

Trente ans avant, Teresa et Isaac, frères et sœur vivent dans un village andalou. Ils fréquentent les Schloss un couple anglais et leurs enfants, installés dans le sud de l’Espagne. La mère de famille est fantasque, le père est marchand d’art. Il est ravi de découvrir le premier tableau d’Isaac qu’il va tenter de monnayer auprès de Peggy Guggenheim. La collectionneuse américaine est enchantée, elle souhaite acquérir d’autres toiles de ce jeune artiste prometteur. Pourtant, ce n’est pas Isaac qui en est pas l’auteur. C’est Olive. Mais son père, Harold, ne saurait admettre qu’une fille puisse avoir du talent et surpasser un homme. Teresa est dans la confidence, elle veut aider Olive à s’émanciper et s’affirmer. Son amie est amoureuse d’Isaac et elle ne souhaite pas, malgré son talent, être mise en avant. Le jeune homme politisé à gauche ne veut pas s’engager dans une relation sentimentale, il a d’autres combats à mener. 1936, correspond aux prémisses de la Guerre d’Espagne et des déchirements nationaux. Déjà l’affrontement entre républicains et franquistes se prépare. La tension entre les deux camps s’accroit au fil des mois. La scène la plus terrible et insoutenable du roman se produit dans le village. Olive, silencieuse et mutique, pour ne pas dénoncer son frère fugitif, est victime d’une humiliation indigne. En place publique, deux hommes se saisissent d’elle, la tiennent par le visage et coupent ses cheveux avant de lui raser jusqu’au sang le crâne. Le stigmate violent de cette haine sans nom est désormais marqué sur son corps. Son amie Teresa prend soin provisoirement d’elle et s’inflige également une tonte totale. La tragédie est en place, seuls la fuite et l’exil permettront à certains d’en réchapper.

Bien entendu, il ne faut rien révéler de la suite, le plaisir de ce roman tient dans le dénouement final. Le début de la narration, avant que les histoires entrent en résonnance, est parfois un peu difficile à suivre, certains personnages cristallisent peu. Mais progressivement, l’intensité croit et le suspens augmente. Le lecteur élabore des hypothèses qui sont plus ou moins fondées. Ce qui se passe à Londres est la conséquence des événements qui se sont produits trois décennies avant en Espagne.

Ce roman de Jessie Burton procède à une introspection des affres et des méandres de la création. L’auteur s’intéresse à la filiation et son propos pourrait séduire les féministes tant il tend à démontrer la chape de plomb qui pouvait peser sur les femmes les plus talentueuses qui ne s’autorisaient pas à s’exprimer en leur nom propre. A travers le personnage d’Odelle il est également question de la question noire dans la société anglaise à l’orée de la période de la décolonisation. Autant de sujets graves pour ce roman complexe et savamment architecturé. Encore une fois, l’auteur est convaincante et se révèle très douée.

Voilà, je vous ai donc parlé des Filles au lion de Jessie Burton paru aux éditions Gallimard.

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Angelilie 05/05/2017 19:09

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

Marco 05/05/2017 21:39

Merci pour votre commentaire
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Quant au votre très belles photos