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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Istanbul planète

Un essai sur Istanbul

Un essai sur Istanbul

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au stimulant essai de Jean-François Pérouse intitulé Istanbul planète. Le sous-titre est La ville-monde du XXIe siècle. Ce texte est celui d’un géographe qui connaît très bien Istanbul ; il y réside depuis plusieurs années, aux premières loges pour assister aux évolutions fulgurantes de la ville. Ce qui frappe d’emblée dans cette narration c’est le rythme frénétique auquel, depuis quelques décennies, la ville s’étend et se développe. Le nombre d’arrondissements rattachés à l’agglomération augmente. Cette expansion d’abord horizontale devient également verticale. Faute d’hectares à conquérir, les bâtiments se profilent vers les cieux, toujours plus hauts et gigantesques. A l’origine, Constantinople contribuait au rayonnement de la région. Puis Istanbul fut l’incarnation et la capitale de l’empire ottoman. Avant d’être détrônée dans le rôle de siège du pouvoir politique par Ankara. Le pouvoir économique du pays lui restait constant sur les bords du Bosphore. Et Istanbul est aujourd’hui le symbole de la Turquie moderne, celle du dictateur Erdogan qui en fût le maire et qui a inscrit dans un projet global pour le pays la croissance démesurée de la métropole devenue mégalopole. La ville est un laboratoire du futur désiré et envisagé pour le pays. La fierté turque s’inscrit dans Istanbul l’ambitieuse et la volonté de peser dans la vie internationale se traduit dans les transformations de la cité. Il n’est qu’à noter le nouveau pont reliant les rives européenne et asiatique de la cité. Les travaux réalisés font fi des enjeux environnementaux, ce qui compte c’est qu’Istanbul soit en constante mutation fasse preuve de démesure. Ainsi, Istanbul se transforme en un monstre protéiforme. La Turquie souhaite rivaliser avec le Moyen Orient. Un troisième aéroport international est en projet à la périphérie afin de concurrencer notamment celui de Dubaï et de pallier la saturation des plateformes actuelles.

La transformation urbaine visible partout est avant tout un projet politique, une volonté de montrer au monde entier la puissance et l’hégémonie turque par le biais de cette ville emblématique. Comme l’indique l’auteur : « La TU et les grands projets permettent donc de réécrire l’histoire urbaine par la reconstruction ex nihilo de bâtiments dûment sélectionnés ayant existé à l’époque ottomane (soit une période allant de la conquête en 1453 à la proclamation de la République en 1923). Déjà, des centaines de bâtiments « disparus » - sous les coups des réformateurs occidentalisés, selon la rhétorique en vogue encline à accuser les Européens ou les Turcs sous mauvaise influence – ont été « reconstruits » et ont « repris » place dans le nouveau paysage urbain. (…). On ne peut que s’étonner à la vue de panneaux indiquant Ici construction d’un bâtiment historique ou à la lecture d’expressions banalisées comme Bâtiments d’apparence historique. » Les politiques méprisent le respect architectural, seule compte l’expansion et la réécriture historique au bénéfice de l’Istanbul conquérante.

La position géographique d’Istanbul, à la confluence de l’Occident et de l’Orient, à cheval sur deux continents, est importante pour comprendre son rôle et son intérêt stratégique. La ville est au carrefour des migrations, diverses populations originaires en particulier des pays limitrophes s’y sont installées. Le brassage de populations est important : exilés des Balkans, Syriens chassés par les exactions commises dans leur pays, habitants des républiques caucasiennes, tous se retrouvent ici. Cela contribue aux échanges commerciaux régionaux, à certains trafics et à un mélange racial. Il est intéressant de voir combien la sociologie de la ville évolue au gré des vagues de migrations successives avec la domination des quartiers par des groupes constitués et selon les lieux la prépondérance de certaines ethnies.

Cet essai constitue une excellente introduction à la compréhension de l’évolution d’une ville qui est au croisement des migrations et qui semble devoir ne pas cesser sa croissance anarchique. Le géographe propose des analyses documentées et passionnantes. Malgré le chaos apparent et les chantiers permanents et titanesques l’envie de découvrir cette ville monde est attisée par cette lecture.

Voilà, je vous ai donc parlé du Istanbul planète de Jean-François Pérouse paru aux éditions La découverte.

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