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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins

Un essai sur les caricatures de Mahomet et leur impact

Un essai sur les caricatures de Mahomet et leur impact

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à un essai intitulé Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins. Quelques semaines après le tragique mois de janvier 2015 marqué par les trois attentats meurtriers parisiens les éditions Fayard ont republié ce court essai de Jeanne Favret-Saada. Cette ethnologue est connue notamment pour sa formidable enquête sur la sorcellerie dans le bocage normand au début des années 1970. C’était Les mots, la mort, les sorts, un livre fantastique, un exemple méthodologique d’enquête de terrain. Ce travail porte sur les différents modes de croyance. L’observation participante est on ne peut mieux décrite et illustrée, l’implication de l’auteur est totale. Cet ouvrage a été prolongé dans Corps pour corps écrit avec Josée Contreras. Mon propos n’est pas d’évoquer ces ouvrages dont la lecture met à mal toute approche rationnelle du quotidien. La sorcellerie n’est pas l’apanage d’Haïti ou de l’Afrique. Plus récemment, Jeanne Favret-Saada a continué son investigation sur cette thématique avec Désorceler.

Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins dans cette édition est augmenté d’une postface inédite. L’auteur a écrit cet essai pour comprendre l’impact incroyable de la publication des caricatures de Mahomet dans un journal danois. Elle se demande : « Comment est-il possible qu’une crise d’une telle ampleur ait pu se développer en quelques mois à propos d’un aussi petit enjeu – la publication de douze dessins représentant le Prophète – et d’un aussi petit pays le Danemark ». Elle poursuit : « Depuis la condamnation à mort de l’écrivain britannique Salman Rushdie le 14 février 1989 et la publication des « caricatures de Mahomet » dans le Jyllands-Posten danois le 30 septembre 2005, jusqu’aux meurtres parisiens du 7 au 10 janvier 2015 nous avons été précipités dans une situation entièrement nouvelle sans toutefois pouvoir l’analyser et en sortir ».

Cet essai prend le temps de la réflexion, il n’est pas dans l’immédiateté du temps journalistique. Les médias procèdent souvent à des raccourcis ou à des amalgames. Ici, Jeanne Favret-Saada décortique les faits, remonte les canaux de communication qui ont contribué à la rapide diffusion des dessins. Elle inscrit cette affaire danoise dans un contexte international plus large. Il est révélateur de constater que de riches organisations islamiques, souvent pilotées depuis l’Arabie Saoudite, s’emparent des faits et vont construire sciemment une affaire. Il s’agit, selon eux, de stigmatiser les musulmans par le biais de ces caricatures. Ces organisations dénoncent l’islamophobie supposée des dessins.

En effet, rapidement après la publication dans la presse danoise une mèche est allumée, l’incendie s’est répandu comme une trainée de poudre pour enflammer le monde musulman. Il s’agit de mettre en exergue les circuits de l’information et de la communication qui ont contribué à faire de dessins de presse le moteur d’un embrasement généralisé et mondialisé. Regardons la situation à travers le prisme national. En France, la première publication des dessins incriminés est faite par France Soir, dont le rédacteur en chef sera limogé. Sans beaucoup de réactions à cet épiphénomène à ce stade. C’est plus tard que Charlie Hebdo entre dans la danse. Premier temps : la publication des dessins. Second temps : le numéro intitulé Charia Hebdo. Il y aura l’incendie des locaux parisiens du journal en 2011, et les menaces directes sur la rédaction. Philippe Val a laissé la place à Stéphane Charbonnier, plus connu sous le diminutif de Charb, à la tête de l’hebdomadaire. Ce dernier répond à un journaliste qui lui demande si l’on peut continuer à se moquer de la religion musulmane. Pour (lui), la réponse est oui, sans hésitation. Il dit : « Il faut continuer jusqu’à ce que l’islam soit aussi banalisé que la catholicisme ». Telle était donc la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Son patron, sous protection permanente, savait qu’il était menacé. Dernier temps : 7 janvier 2015. Deux terroristes lourdement armés pénètrent dans les locaux du journal satirique à Paris et perpétuent un ignoble massacre avant de prendre la fuite. Trois jours d’angoisse en France. Une traque contre les terroristes, puis un immense rassemblement avec une foule incroyable dans les rues de la capitale et en Province.

L’intérêt principal de l’essai de Jeanne Favret-Saada est la mise en perspective proposée. En scrutant les faits, en analysant l’impact dans les medias et l’appropriation des éléments princeps dans les pays musulmans, en sondant les croyances affectées par ces caricatures, elle aide à comprendre le monde tel qu’il va. Les raccourcis et les amalgames sont toujours nocifs, la réflexion étayée au contraire aide à saisir les enjeux et à agir à dessein.

Voilà, je vous ai donc parlé de Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins de Jeanne Favret-Saada paru chez Fayard.

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