Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Villa Kérylos

Le dernier roman d'Adrien Goetz

Le dernier roman d'Adrien Goetz

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier roman d’Adrien Goetz intitulé Villa Kérylos. Cet auteur est historien et romancier. Il a publié plusieurs polars situés dans le milieu de l’art comme Intrigue à l’anglaise ou Intrigue à Versailles. Avec son nouvel opus il situe son action sur la côte d’Azur au début du vingtième siècle. Le personnage principal est une maison, la fantastique Villa Kérylos du titre, sise au bord de la Méditerranée à Beaulieu sur mer. Cette demeure existe réellement, elle se dresse au sommet d’une falaise et figure une parfaite invitation au voyage et à la rêverie. C’est une ode à la Grèce Antique et à sa civilisation raffinée.

Le protagoniste principal, Achille, le narrateur lors de son adolescence, a eu la chance de fréquenter cette demeure et d’y vivre. Il est d’origine corse. Sa mère travaillait au service des propriétaires de la villa des voisins, celle de la famille Eiffel, comme cuisinière. Il a assisté aux différentes phases de la construction et de l’aménagement de cette villa extraordinaire. Il connaît chaque étage, chaque pièce, chaque recoin. Des décennies ont passé, les guerres se sont succédées, Achille est devenu peintre. Un jour il reçoit une carte postale anonyme représentant Kérylos dans toute sa splendeur. Ce message mystérieux l’incite à retourner sur les lieux, afin de savoir ce qu’il est advenu de la maison dont les initiateurs ont été emportés dans les affres tragiques de la première partie du siècle. Théodore Reinach a fait construire sa maison idéale, inspirée de l’architecture grecque et de son décorum. Pour Achille : « Kérylos, c’est encore un lieu secret, qu’on ne visite pas et où les propriétaires, depuis longtemps, ne donnent plus de fêtes. Elle était, pour moi, quand j’avais vingt ans, une sorte de perfection. Aujourd’hui, je me demande pourquoi je l’ai trouvée si belle. (…). Cette maison qui ne m’appartient pas, que j’ai cessé d’aimer, ce labyrinthe absurde qui est devenu grotesque à mes yeux, cette demeure qui va mal finir, je veux la leur donner, pièce par pièce. C’est là qu’est restée ma vie. » Avoir quitté la villa et la destinée qui s’offrait à lui a été une formidable opportunité pour le narrateur. Il semble ne rien regretter de ce passé lumineux et enrichissant. Avoir été adopté par cette famille riche lui a ouvert les portes de la culture grecque dont il est issu. Il est lucide : « Si j’avais suivi les Reinach, j’aurais été professeur de lettres. Avec la peinture, j’ai pu m’imposer seul. J’ai dîné avec les duc et la duchesse de Windsor, j’ai été invité aux répétitions des ballets du marquis de Cuevas à Monte-Carlo, j’ai fait du yachting avec Fulco di Verdura et le vicomte de Noailles, j’ai une jolie maison remplie d’objets anciens et je possède deux tableaux de Picasso et un Puvis de Chavannes, que j’ai accrochés ensemble. » Cette énumération montre la chance qu’il a eue dans sa jeunesse avec son parcours personnel inattendu.

De retour dans la villa, le vieil homme s’interroge sur le cours et le sens de l’histoire. Il affirme ainsi, se penchant sur ses goûts de jeunesse où la Grèce antique et ses mythes étaient fondamentaux : « Les Allemands eux aussi étaient de « grands humanistes », ils aimaient l’art antique et, depuis des siècles, vénéraient la Grèce et traduisaient Platon : cela n’a pas empêché les nazis d’être des bourreaux. C’est pour cela aussi que je ne veux plus entendre parler de toutes ces choses que j’ai aimées et qui ont fait ma jeunesse, c’est pour cette raison aussi sans doute que je peins des carrés blancs ou jaunes sur des fonds bleus, quelques signes géométriques impossibles à interpréter, des tableaux qu’on peut aimer, j’espère, qui peuvent émouvoir, dont on peut se souvenir, devant lesquels on peut rester, avec lesquels on peut vivre tous les jours, chez soi, même si on ne sait rien. »

Adrien Goetz mêle avec talent l’histoire d’Achille personnage de fiction à celle de la famille Reinach influente sous la troisième République. L’auteur parvient à captiver le lecteur autour de ce bâtiment incroyable, chargé d’histoire et précieux témoignage de la volonté de certains de partager leur amour de la culture antique sous toutes ses formes. C’est aussi pour lui la défense de l’enseignement du grec et du latin avec tous les bénéfices que cela peut apporter dans la formation d’une jeune personne. Des propos que sans doute Jacqueline de Romilly, respectée helléniste, aurait appréciés.

Voilà, je vous ai donc parlé de Villa Kérylos d’Adrien Goetz paru aux éditions Grasset.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article