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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le crépuscule de la France d'en haut

Essai revigorant de Christophe Guilluy

Essai revigorant de Christophe Guilluy

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier essai de Christophe Guilluy Le crépuscule de la France d'en haut. Le titre est évocateur et explicite, autant dire que rien de réjouissant n’est promis dans ces pages lucides et étayées. L’auteur est géographe et défend des théories à l’opposé de la pensée majoritaire dominante. Celle qui accepte la mondialisation et ses conséquences en particulier en matière d’emploi. Les médias ne relaient pas toujours les thèses de Guilluy et les politiques y sont souvent sourds. Cet ouvrage s’inscrit dans la continuité de La France périphérique cette notion composite qu’il a développée en 2015.

Tout d’abord l’auteur définit la France d’en haut du titre. Il s’agit bien entendu des riches, ceux qui sont qualifiés comme les fameux 1%, mais pas seulement. S’y ajoutent également tous les bobos qui sont caractérisés par leur niveau d’étude élevé et leur lieu d’habitation dans les centres villes. Cette nouvelle bourgeoisie est bien différente de celle décrite par les écrivains naturalistes du XIXè siècle comme Zola. L’expression France d’en haut semble l’antonyme de la France d’en bas qu’avait évoquée Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre. Entre les deux, les classes moyennes, selon Guilluy, n’existent plus. Pourtant, le mythe perdure, soutenu par ceux qui y ont intérêt notamment les politiques, les universitaires et les journalistes. Il montre comment les représentations sociales sont construites pour mettre l’accent sur cette catégorie fictive qui tend à regrouper les employés et les ouvriers. En réalité ils relèvent davantage d’une catégorie moins bien lotie. Les classes populaires sont celles qui sont paupérisées, qui souffrent et sont reléguées dans les périphéries.

Au cœur du débat et des explications avancées un thème émerge : la mondialisation. Ceux qui en bénéficient sont les privilégiés, cette France d’en haut qui selon l’auteur vit ses derniers moments de tranquillité faute de savoir y associer les autres, ceux de la France périphérique qui, telle qu’il la conçoit rassemble ceux qui vivent dans les banlieues, dans les villes moyennes et dans le monde rural. Cette France représente 60% de la population, c’est-à-dire la majorité du corps électoral. Pourtant, cette fraction de la société est la grande oubliée des débats. C’est celle qui subit la mondialisation et en est victime collatérale. Christophe Guilluy montre, cartes statistiques à l’appui, que cette France périphérique est abandonnée, délaissée voire méprisée par les politiques. Il caractérise bien les ruptures intervenues lors des décennies passées. Il insiste sur le fait que seul le FN parvient à capter une partie de cet électorat qui est principalement caractérisé par son abstentionnisme record.

La société française, à l’instar des autres sociétés occidentales s’inscrit dans la mondialisation, avec les conséquences désastreuses connues notamment en matière d’emploi faiblement qualifié, sujet à de fortes délocalisations. Les ouvriers et les employés ont vu leurs revenus diminuer dans les dernières années tandis que les bourgeois continuaient à s’enrichir. Les chiffres sont éloquents. Les valeurs du multi culturalisme sont portées et valorisées par les dominants. Les bourgeois progressistes ont souvent des actes en contradiction avec leurs convictions affichées. Il n’est qu’à voir la domiciliation dans les centres villes gentrifiés où le prix du logement devient inaccessible aux classes populaires chassées vers la périphérie. Et également le choix des lieux de scolarisation de leurs enfants. Résultat le multi culturalisme est dans les faits un échec, les pans stigmatisés offrent prise au racisme et à l’exclusion.

Cet essai est polémique dans le sens où il va à contre-courant et déconstruit la situation établie qui en réalité convient aux politiques qu’ils soient de droite ou de gauche. Christophe Guilluy revient sur la façon dont le journal Le Monde déforme ses propos à l’avantage des idées majoritaires. C’est une prise de conscience importante et indispensable pour ceux qui appartiennent à la France d’en haut, qui sont bien rémunérés et n’ont pas peur de l’avenir, car ils sont protégés par leur niveau d’éducation et leur emploi stable. Les enjeux déterminés par Guilluy sont majeurs, chaque élection semble rapprocher l’extrême-droite du pouvoir, les classes populaires n’adhèrent plus aux syndicats ni aux partis politiques. L’auteur prévient, il incite les décideurs à ne pas rester dans leur pré carré confortable les bras ballant mais à prendre la mesure des défis qui attendent le pays qui est déjà largement fracturé. Les partis traditionnels suivent la tendance du marché mondialisé et ne représentent plus les classes populaires et les pauvres, que d’ailleurs ils ne connaissent absolument pas. Ce fossé n’est pas nouveau mais les différents signaux (référendum sur le traité de Maastricht, 21 avril 2002) ne sont pas pris en considération. D’où le risque avéré de foncer dans un mur insurmontable. L’auteur lance l’alerte, il évoque les scénarios de rupture possibles sans pour autant les souhaiter. Cet ouvrage m’a rappelé La France invisible coordonné par le sociologue Stéphane Beaud qui proposait une plongée au cœur des classes populaires à travers une galerie de portraits fort instructifs. Il faudrait que chacun lise ces ouvrages et d’autres comme par exemple Les gars du coin de Nicolas Renahy.

Voilà, je vous ai donc parlé du Crépuscule de la France d'en haut de Christophe Guilluy paru aux éditions Flammarion.

Autre lecture d'intérêt sociologique

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