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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Ethnographie du Quai d'Orsay

Au coeur de l'institution des Affaires Etrangères

Au coeur de l'institution des Affaires Etrangères

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à l’essai de Christian Lequesne intitulé Ethnographie du Quai d'Orsay. Il s’agit d’une enquête passionnante au plus près de la diplomatie française réalisée en 2013 et 2014 et sous-titrée Les pratiques des diplomates français. L’auteur a procédé selon la technique de l’observation directe. Il a ainsi assisté pendant plusieurs semaines à de nombreux échanges au Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires Etrangères. Il a également séjourné dans les ambassades de France à Dakar et à Varsovie où il a pu rencontrer les personnels, discuter avec eux et participer à différentes réunions. Son livre est également étayé sur des entretiens avec des ministres et des membres du ministère, cadres et diplomates. Les chiffres montrent que la France est un des pays qui compte le plus de représentants en poste à l’étranger avec au total 224 consulats généraux répartis sur la planète.

Afin de bien appréhender les résultats de l’enquête de terrain l’auteur introduit son propos en dressant un tableau précis du métier de diplomate. Les références bibliographiques ciblent les études internationales effectuées sur la thématique de la diplomatie, de son rôle et de ses méthodes. Les diplomates tiennent trois types de rôles principaux : bureaucrate, médiateur et héros. La dernière catégorie est celle à laquelle ils aspirent sans avoir aucune assurance d’y être confronté un jour pendant leur carrière. Le diplomate est celui qui participe à des négociations, tente de faire bouger en douceur les lignes afin de construire un compromis en vue de défendre les intérêts de son pays, en l’occurrence la France. La réalité triviale est que l’aspect bureaucratique est prédominant au quotidien. Chaque jour, de nombreux messages sont échangés entre les services consulaires, les ambassades et les services centraux. A Paris, les services et les directions n’ont pas tous le même poids auprès du ministre qui doit composer entre les options politiques dictées par l’Elysée et les orientations privilégiées par les diplomates de profession. En fonction de leur prépondérance et de leur influence auprès du premier ministre et du président de la République, les ministres sont plus ou moins respectés et appréciés par les fonctionnaires et les diplomates du Quai. Le secrétariat général est la clé de voûte du bon fonctionnement du ministère. Tout transite par ce service : les discussions internes avec les syndicats, la gestion des crises et la représentation de la France à l’international en prenant en compte les règles protocolaires. Il est intéressant de mesurer la rivalité qu’il peut y avoir entre le cabinet du ministre et les différents services du Quai d’Orsay.

Christian Lequesne s’intéresse au profil et au cursus des diplomates. Force est de constater que dans les dernières décennies des modifications se sont produites. Le tropisme dynastique des diplomates n’a plus vraiment cours. Le recrutement est issu soit de la filière royale Sciences Po/ENA soit de l’INALCO (Langues O). L’auteur présente une proposition théorique autour de la carte mentale des diplomates en un développement très intéressant. Deux figures se dessinent : d’une part ceux qui sont en faveur de l’indépendance et du rang, c’est-à-dire pour la défense de l’idée que la France est une grande nation qui doit être respectée. D’un autre côté, se trouvent ceux qui sont plus attirés par l’occidentalisme et qui considèrent que les alliances par exemple avec les Etats-Unis ou l’OTAN sont à privilégier.

Dans la mémoire de l’institution et de ses serviteurs, tous les ministres n’ont pas laissé la même trace. Ainsi par exemple, Bernard Kouchner apparaît comme un pantin de Nicolas Sarkozy tandis que Dominique de Villepin est un personnage atypique et respecté. Il est issu de la carrière diplomatique et a travaillé auparavant au Quai d’Orsay dont il connaît les codes. En tant que ministre, il a porté haut à l’ONU la voix dissonante de la France par rapport à la position américaine sur l’Irak. Les nombreux témoignages semblent concordants et élogieux. Sans révéler aucun secret de coulisse ni dévoiler de scoop cette ethnographie est passionnante et permet aux néophytes de percevoir en quoi consiste la diplomatie française et de comprendre que malgré ses particularités, son histoire et son influence privilégiée le Quai d’Orsay doit converger vers les directives politiques et composer avec.

Cet essai fait fortement écho à la bande dessinée Quai d’Orsay de Christophe Blain et Abel Lanzac qui a été adaptée au cinéma avec le film éponyme de Bertrand Tavernier. L’interaction entre le ministre (inspiré par Dominique de Villepin) et son directeur de cabinet d’une part et les différents collaborateurs d’autre part est formidablement bien restituée. Il faut préciser que l’un des auteurs a lui même travaillé au ministère. Le travail d’enquête ici proposé est un complément très pertinent à la vision romanesque et caricaturale de la bande dessinée.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Ethnographie du Quai d'Orsay de Christian Lequesne paru chez CNRS Editions.

Un complément ludique à l'essai

Un complément ludique à l'essai

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