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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Croire au merveilleux

Le nouveau roman de Christophe Ono-dit-Biot

Le nouveau roman de Christophe Ono-dit-Biot

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au nouveau roman de Christophe Ono-dit-Bio intitulé Croire au merveilleux. Parmi ses textes précédents je mentionnerai notamment Interdit à toute femme et à toute femelle dont l’intrigue se déroulait en Grèce sur le Mont Athos avec son monastère autorisé uniquement aux êtres de sexe masculin, d’où le titre abrupt. Birmane proposait une escapade dans le sud-est asiatique, au cœur du pays dirigé par une junte militaire intraitable. Enfin, Plonger, son œuvre précédente, très forte et aqueuse a été couronnée de plusieurs prix littéraires ; César et Paz en étaient les héros principaux, ils fréquentaient les profonds abysses méditerranéens.

D’une fiction à l’autre les personnages romanesques restent les mêmes, mais chaque opus est indépendant. Incontestablement, l’auteur a un fort tropisme pour la Méditerranée et les valeurs issues de l’Antiquité. Il est un fervent défenseur de l’enseignement du latin et du grec. César, jeune père d’un adorable garçonnet, Hector, est veuf, il ne se console pas de la disparition de Paz. Au point de vouloir en finir avec l’existence. Plusieurs pages, au début du roman, décrivent son passage à l’acte. Cet homme déchiré est prêt à se suicider. Voici l’incipit du roman : « Aujourd’hui je vais mourir. Je ne suis pas malade. Je ne suis pas ruiné. Je n’arrive pas à vivre, c’est tout. Amputé à ce point, est-ce qu’on peut même employer le mot : vivre ? » Tout le premier chapitre est étouffant, dramatique, angoissant. César se prépare à mourir, il va avaler la juste dose de médicaments pour ne plus vivre. Il a longtemps réfléchi à cette décision, malgré sa lâcheté vis-à-vis de son fils, il s’y résout. En effet, son amour défunt pour Paz est plus fort que tout, son cœur est meurtri. Après avoir essayé de surmonter le deuil, force lui est de constater qu’il en est incapable, alors il se met en condition pour franchir le seuil de la mort, persuadé que c’est le seul moyen de pérenniser ses sentiments amoureux passés.

Et puis soudain : « on sonne à ma porte. Des petits coups réguliers. Timides d’abord, puis de plus en plus insistants. J’entends malgré l’étoupe qui a envahi ma tête. Ça me dérange. J’étais bien, assis sur mon tabouret, à contempler les pilules qu’il me restait à ingérer, rêvant du moment où je m’allongerais sur le carrelage de ma cuisine pour me laisser rapter par ma molécule psychopompe, mon Voldemort en capsule. » Sur le palier, une jeune voisine inconnue, Nana, interrompt le déroulement ritualisé de l’absorption des comprimés. César n’avale pas les derniers, il finit par se lever et ouvrir la porte. Il découvre cette jeune grecque envahissante et perturbatrice. A l’instant où il s’est résolu à répondre son destin a chaviré. La tentation du suicide s’éloigne, le frémissement de la vie réinvestit la chair de César.

Malgré lui et sa douleur, il va peu à peu revenir à la vie. Nana, puis sa sœur cadette, sont celles qui vont lui montrer la lumière et l’espoir. Peu à peu, le sexe et le corps féminin vont à nouveau l’émouvoir et l’attirer. Réparer la statue brisée symbole de l’amour détruit par la disparition de Paz devient une évidence. Pour cela il part sur la côte amalfitaine à la recherche du sculpteur et lui confie les morceaux à rassembler. Plus tard, il s’envole pour une île grecque où le père de Nana l’accueille pour quelques heures. Finalement, c’est au pays du soleil levant, dans un site protégé, qu’il ira écouter le battement du cœur de sa tendre disparue.

Le titre du roman, Croire au merveilleux, laisse supposer qu’il s’agit d’un conte, d’une fable, d’un récit mythologique. L’Antiquité apparaît comme un véritable trésor à protéger en raison du risque d’engloutissement et de disparition. Mais le merveilleux concerne aussi Nana qui surgit au moment où l’irréparable va être commis. Son attitude, la manipulation qu’elle exerce sur César est-elle thérapeutique ou perverse ?

Ce roman est une ode à l’amour et au voyage. De l’Italie à la Grèce, de la France au Japon, César fuit sa mélancolie et essaie de comprendre la signification de son lien à celle qu’il aimait plus que tout, Paz. Il décrypte les mystères du cœur, les sons de ses battements, l’ampleur de la douleur. Une belle écriture, une histoire fantastique, autant de raisons de lire ce roman.

Voilà, je vous ai donc parlé de Croire au merveilleux de Christophe Ono-dit-paru aux éditions Gallimard.

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