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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Rouge, histoire d’une couleur

Michel Pastoureau raconte le Rouge

Michel Pastoureau raconte le Rouge

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au beau livre de Michel Pastoureau intitulé Rouge, histoire d’une couleur. Cet ouvrage s’inscrit dans la continuité de ceux qu’il a déjà publiés sur le bleu, le noir et le vert. Il est historien, spécialiste du Moyen-Âge, de l’héraldique, des symboles et des couleurs. Son approche est pluridimensionnelle, il interroge une multitude de points de vue. Il poursuit ici sa passionnante et érudite exploration des couleurs. Sa monographie sur le Rouge est épatante.

Quatre temps sont identifiés dans le bouquin correspondant aux différents chapitres : la couleur première, la couleur préférée, une couleur contestée, une couleur dangereuse. Rien qu’avec ces titres on comprend que le statut et la valeur du rouge ont évolué. Le périmètre étudié est celui principalement de l’Europe occidentale de la préhistoire à nos jours. Malgré son éclectisme et ses connaissances, Michel Pastoureau explique que l’histoire d’une couleur est nécessairement inscrite dans l’histoire sociale d’un pays ou d’une région et qu’il est donc impossible de dresser un tableau mondial exhaustif.

C’est donc l’histoire du rouge dans la société occidentale qui est ici proposée. Comme toujours quand on fait l’histoire d’une couleur il est impossible de ne pas évoquer les autres couleurs. Elles se construisent et se déterminent les unes par rapport aux autres. Le bleu est la couleur préférée des populations européennes depuis le XVIIIe siècle. Le goût et l’attrait pour le rouge a tendance à suivre une route inverse à celle du bleu, car au fil de l’histoire ils déclinent. Les sociétés contemporaines donnent peu à voir le rouge. Il suffit de regarder la couleur des vêtements portés, les rues sont tendanciellement monochromes. Les habits sont bleus, la couleur par excellence du jean qui est largement porté par les deux sexes.

En remontant dans le passé le lecteur est confronté à la prééminence du rouge. Ainsi sur les parois des grottes préhistoriques ou dans les tombes pharaoniques égyptiennes cette couleur est omniprésente. S’intéresser aux couleurs c’est comprendre comment elles sont fabriquées, le rôle des teintures est essentiel. Force est de constater que certaines couleurs sont plus difficiles à obtenir naturellement et à fixer que d’autres. Par conséquent, le goût peut être en partie dicté par les conditions de production. Le rouge a été historiquement la première couleur dont la fabrication a été maitrisée. L’auteur est pédagogue et apporte des éléments factuels pour expliquer les évolutions des attitudes vis-à-vis des couleurs. L’exploration des garde-robes est un formidable indice des couleurs prédominantes et de l’attirance ou du rejet qu’elles induisent. Ce sont les protestants qui les premiers ont commencé à se méfier du rouge et à le déprécier. Le rouge est la couleur des forces de progrès, de la gauche, on citera le petit livre rouge de Mao !

Michel Pastoureau propose une digression sur le rose qui est une sorte de rouge atténué. L’association du rose au féminin voire à l’efféminé est récente. La féminisation du rouge est progressive au fil des siècles. Ceci permet de mesurer l’importance du symbole associé à la couleur. Le lien entre le rouge et le chaud n’a pas toujours existé, il s’agit d’une construction sociale. Ainsi, par exemple, le feu et le sang sont associés au rouge. Dans le cas du feu c’est d’autant plus étrange que les flammes sont plutôt jaunes que rouges. L’histoire des couleurs est incontestablement culturelle. Les enquêtes d’opinion montrent qu’en occident le bleu surpasse toutes les autres couleurs en termes de préférences et ceci depuis plusieurs siècles. A l’inverse le jaune ou le violet sont largement dépréciés. On corrige les copies des étudiants en rouge, les véhicules des pompiers sont de couleur rouge, les femmes de mauvaise vie sont vêtues de rouge. Le rouge est souvent signifiant d’un interdit comme avec le panneau stop ou les feux tricolores. Pastoureau décrypte le sens du drapeau tricolore français en rappelant le rôle et la symbolique de chacune des nuances. Le rouge est révolutionnaire tandis que le blanc royal.

La science s’intéresse à la couleur et notamment à la classification qui évolue au fil des découvertes physiques. Il est intéressant de comparer des nuanciers conçus à diverses époques qui ne suivent pas les mêmes spectres colorés. La notion de couleur primaire et secondaire incontestée aujourd’hui est néanmoins le fruit d’une évolution historique. Tout cela est abordé avec didactisme et simplicité par l’historien.

L’iconographie du livre est délicatement choisie. Le lecteur mesure la frustration de l’auteur qui dispose d’un matériau très vaste dans lequel il doit procéder à une sélection précise pour tenir dans le format de l’édition. Chaque illustration étaye les hypothèses historiques formulées. Bien entendu, la peinture est un formidable vivier dans lequel Pastoureau pioche avec régal et gourmandise. Tant le texte que les reproductions sont délicieux et pertinents. Comme les précédentes monographies de Pastoureau, ce passionnant roman du Rouge est à découvrir sans délai.

Voilà, je vous ai donc parlé de Rouge, histoire d’une couleur de Michel Pastoureau paru aux éditions du Seuil.

Jeanne Mas évoque le Rouge

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