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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le roi du sud

Le second roman de Baptiste Rossi

Le second roman de Baptiste Rossi

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au second roman de Baptiste Rossi intitulé Le Roi du sud. Il a publié son premier roman, La vraie vie de Kevin, en 2014 à l’âge de 19 ans. Ce texte très contemporain était une vraie réussite et permettait la découverte d’un auteur. Il s’intéressait alors à la télévision et aux programmes de télé-réalité. L’écriture et l’ironie mordante étaient très séduisantes. Bien ancré dans son époque, le jeune écrivain mettait l’accent sur la société du spectacle et du soi triomphant avec ses nombreux excès. Cette fois, Baptiste Rossi situe son roman politique dans les années 80 dans le sud de la France. Cette époque contemporaine il ne l’a pas connue il est trop jeune pour cela. Cependant, cette région où il a grandi sert de cadre à ce texte foisonnant et ambitieux. Rossi étaye son intrigue sur une solide documentation et associe réalité et fiction avec talent.

Daniel, le protagoniste, est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui revient vivre à Portovan auprès d’Orski son père. C’est le printemps 1981, l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République n’est encore qu’une hypothèse dans cette terre de droite. Orski est un arriviste qui veut régner, atteindre les postes de pouvoir. Pour cela il est prêt à toutes les collusions, ne recule devant aucune magouille. Il est maire de la ville. Portovan est largement inspirée de Toulon. La plupart des protagonistes sont inventés, mais Jacques Chirac, Bernard Pons, Michel Roussin ou Jacques Médecin sont présents dans leur propre rôle. Ce dernier est décrit ainsi : « (il) avait une moustache de centurion viveur, le regard alcoolisé d’un fasciste fêtard et flamboyant, bas-de-plafond et noceur à la fois. » Daniel est donc de retour sur sa terre natale, ensoleillée. Il abandonne ses études et la vie rangée dans la capitale. A peine installé, il se vautre dans le dilettantisme ; le farniente et la fête nourrissent son quotidien. Voici quelques extraits de ce qu’il découvre sur la Côte dans les soirées qu’il fréquente : « Je me glisse vers l’atrium, encombré de vases de Saxe, de flatteurs, de majordomes catastrophés : il n’y a plus de champagne au jardin japonais. Je ne sais pas où se trouve Orski ; après six mois de fête, je suis tellement fatigué que je tiens à peine debout… (…). Il y avait aussi la drogue pour rire, la drogue pour vibrer sur la musique, ondulant et échevelé comme un herbier d’algues folles au fin fond de la mer, la drogue en pilules qu’on prenait cette fois comme des enfants, avec simplicité, la drogue qui vous chamboulait, comme une explosion inattendue de couleurs et d’onctuosité dans les muscles, et puis l’autre drogue, la blanche, celle qui vous faisait serrer les mâchoires. » Mais le jeune homme veut prouver à son père qu’il peut réussir dans la vie. Cela commence par une expérience dans la presse locale grâce au soutien de son paternel. Son ambition est plus grande, politique, comme si cela était inscrit dans ses gènes. Il veut travailler aux côtés d’Orski. Le monde politique du département est peu vertueux, les voyous s’y côtoient, les édiles recourent aux pots-de-vin et à la corruption. Le narrateur, après quelques mois dans la région, ne peut que constater : « Ton père est un mafieux, ton meilleur ami est un putain de mafieux… l’histoire que tu te racontes, elle est fausse. Ce n’est pas l’histoire d’un petit immigré polonais qui devient le roi de sud. » Lucide il comprend que son père ne gagne pas sa position privilégiée au mérite, il profite du système en place. Voici comment se font les élections avec les votes achetés : « Bien des maires de la région étaient ainsi élus, grâce au peuple bleuté en chaises roulantes, des citoyens absents, dociles, sentant l’ammoniac et la solitude. » Une juge sans expérience est affectée à Portovan. Animée d’un esprit de justice, elle tente de mettre de l’ordre. Mais il semble que tous, quel que soit leur bord politique, sont complices du fonctionnement délinquant en place. « Elle a potassé son dossier municipal, elle connaît tout le monde, Tuccelli le gaulliste, Orski, la mort de Saint-Clément… Le petit homme, qui sourit en grand, c’est Poperade, Denis Poperade – allure de ténor italien, taille de jockey à Vincennes, coiffure avantageuse à la parisienne, costume croisé chic – est l’un des principaux avocats de Portovan. Poperade est socialiste. » Au fil des mois, l’ambiance locale est plombée par des disparitions successives. « Portovan, depuis la mort de Saint-Clément, n’avait pas arrêté avec les enterrements : celui, royal, du maire, les funérailles de la juge Diniac, maussades, les obsèques de Richard, insoutenables d’émotion, l’enterrement de Tomasini, sulfureux, avec les inspecteurs des RG qui photographiaient cachés dans leur gabardine. » Avec ces quelques extraits parcellaires, le lecteur mesure combien cette fiction est pessimiste sur l’honnêteté des protagonistes sensés être au service du public et de la collectivité. La description naturaliste des forces politiques en présence contribue à peindre une société d’entre soi placée sous le signe de la domination et le sentiment d’impunité absolue.

Ce roman picaresque et flamboyant, mêlant les plus bas instincts et l’absence de toute morale, est un formidable portrait d’une région, terre d’élection des malversations et corruptions. L’auteur ne juge pas, il utilise son talent narratif pour plonger le lecteur dans l’atmosphère pesante de ce sud mafieux et peu recommandable. Je vous conseille ce roman et ce jeune écrivain est très prometteur.

Voilà, je vous ai donc parlé du Roi du sud de Baptiste Rossi paru aux éditions Grasset.

Chanson de circonstances

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