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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La société du mystère

Le nouveau roman de Dominique Fernandez

Le nouveau roman de Dominique Fernandez

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à La société du mystère le nouveau roman de Dominique Fernandez. Cet académicien est connu pour son goût de l’Italie et de la Russie, de l’opéra et de la peinture. Il est gay et a écrit plusieurs ouvrages sur l’homosexualité et son lien avec l’art en particulier dans Cet amour qui n’ose dire son nom. Sa bibliographie romanesque est immense je citerai notamment Tribunal d’honneur, La gloire du paria, Nicolas, La course à l’abime et On a sauvé le monde. Dans son nouveau roman il reste fidèle à ses thèmes de prédilection. Il propose une biographie romanesque d’un peintre comme il l’avait fait pour Caravage.

L’histoire est celle d’Agnolo Bronzino, peintre italien du XVIe siècle. Le roman est organisé en huit parties chronologiques regroupant soixante seize chapitres. Le procédé littéraire est classique, tout commence par la découverte d’un manuscrit autobiographique non censuré qui est retrouvé et publié. Comme il est écrit en introduction : « de témoignage aussi direct, il n’existe aucun autre pour cette époque. Je suppose que l’auteur le rédigea dans sa vieillesse, décidé à répondre aux malveillances et aux calomnies de Giorgio Vasari, premier historien de l’art italien et référence pour des siècles, loyal dans la plupart de ses jugements, sauf à l’égard de Jacopo Pontormo, dont il a compromis la renommée par un verdict perfide. » Bien entendu c’est Fernandez le vrai rédacteur mêlant probablement fiction et vérité historique. Il est en empathie avec son héros auquel il s’identifie. Sauf à être un spécialiste d’histoire de l’art, et plus particulièrement de la peinture, difficile de savoir où est la réalité, mais peu importe c’est le charme du roman. Le lecteur accompagne les personnages sur plusieurs décennies.

Bronzino est né en 1503 et meurt en 1572. Il passe l’essentiel de sa vie à Florence sous le règne des Médicis. C’est sa ville, celle où il va réussir à donner libre court à son talent, aimer et vivre. Le maitre de sa jeunesse était Pontormo, autre peintre célèbre. Dans son témoignage il ne cache rien de son initiation à l’art et à la technique picturale il expose également sa découverte des plaisirs charnels, ses états sentimentaux. Les prolégomènes du roman se terminent par cet avertissement : « Voici les premières pages, à peine arrondies, qui fournissent d’emblée le ton de l’époque, le cadre historique de l’action, la personnalité et certaines des opinions de Pontormo à l’âge environ de trente ans ; pages où l’on verra quelque différence, déjà, entre son caractère abrupt et celui plus traitable de Bronzino. » Ce dernier devient un artiste largement associé au règne de Cosme de Médicis. A cette époque, la religion catholique est omniprésente. Les artistes règnent dans les églises qu’ils décorent et embellissent. Mais ils doivent respecter les consignes et les commandes, leur expression n’est pas libre. Rares sont ceux qui franchissent les limites, Bronzino en est. Ce roman pictural donne à voir de nombreuses toiles et aussi ce qui se cache sous la couche visible du tableau. L’auteur entend démontrer comment les artistes, pour rester en cour et éviter la stigmatisation des hommes d’église, n’hésitaient pas à dissimuler leurs goûts. La peinture du corps masculin nu apparaît comme un enjeu majeur. Face à un jeune homme qu’il souhaite immortaliser dans le plus simple appareil le protagoniste précise : « Je te donne cette chance inouïe d’être le premier homme, le premier homme fait, à figurer nu en peinture, et tu la refuserais ? Je t’épargne le bout de tissu qu’on bricole sur les hanches de saint Sébastien, et tu réclamerais pour toi ce chiffon ridicule ? » En effet, il n’était admis de nudité que pour les enfants qui figuraient les anges peints sur les murs ou les voutes.

La société du mystère insiste sur le rôle et l’importance des artistes lors de la Renaissance italienne. Les peintres et les sculpteurs sont des personnages importants de la société florentine toujours en concurrence avec Rome ou Venise. L’art est au cœur de l’influence des uns et des autres. Cet extrait en témoigne : « Supprimer des tableaux le corps masculin, c’était désavouer plus d’un siècle de notre art, répudier la gloire des Médicis. A ce train, Venise triompherait bientôt de Florence, les formes molles éclipseraient les lignes nettes, les poitrines florissantes les torses plats. L’art adipeux succéderait à la peinture et à la sculpture maigres. »

Le roman, foisonnant, épais, roboratif et flamboyant, est agréable à lire même si certaines descriptions sont probablement un peu trop longues. L’auteur, aujourd’hui d’un âge respectable est toujours un militant de la cause homosexuelle sans pour autant sombrer dans le prosélytisme. Il parvient à inciter à découvrir des peintres méconnus et à rendre d’autant plus aimable leurs œuvres qu’elles recèlent des mystères dissimulés au vulgum pecus. Ce pavé est un formidable hymne à l’amour de l’art et du beau.

Voilà, je vous ai donc parlé de La société du mystère de Dominique Fernandez paru aux éditions Grasset.

Quelques tableaux de Bronzino le héros du roman
Quelques tableaux de Bronzino le héros du roman
Quelques tableaux de Bronzino le héros du roman
Quelques tableaux de Bronzino le héros du roman
Quelques tableaux de Bronzino le héros du roman

Quelques tableaux de Bronzino le héros du roman

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