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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Tout dire

Premier roman de Jeremias Gamboa

Premier roman de Jeremias Gamboa

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à un premier roman péruvien intitulé Tout dire. Il a été écrit par Jérémias Gamboa. Les éléments biographiques disponibles sur lui suggèrent que la part personnelle incluse dans le roman est importante. Gabriel Lisboa, le héros de Tout dire, semble être un double romanesque de Jérémias Gamboa. De la fin de l’adolescence à la trentaine le parcours du jeune homme est évoqué avec empathie et bienveillance dans ces pages séduisantes. L’action se déroule à la lisière des années 2000.

Gabriel est un liménien qui, lors de la séparation de ses parents dans son enfance, est recueilli par un oncle et une tante. Ils sont pauvres mais ils vont croire en leur neveu et l’aider à accomplir ses rêves. Il les construit progressivement au gré des rencontres et des événements. Il affiche une vocation précoce de journaliste avant de désirer s’orienter vers la littérature. Le bouquin commence par la scolarité honnête de Gabriel ; grâce à une bourse il est autorisé à intégrer l’université. Dès lors, le jeune homme fera tout pour mériter ce soutien et ne pas décevoir ses proches. Par l’entremise de son oncle il obtient un entretien avec un directeur de publication qui débouche sur une offre de stage de journaliste. Il intègre une première rédaction et travaille dans un hebdomadaire d’actualité. D’abord il observe, puis il rédige des articles qui sont ensuite corrigés par ses tuteurs avant parution. Tout en poursuivant ses études à la faculté, il apprend sur le tas, progresse dans la hiérarchie du journal, acquiert des responsabilités éditoriales. Déjà à ce stade Gabriel s’élève dans l’échelle sociale et atteint une position inespérée en raison de son environnement familial. Il échappe grâce au milieu éducatif à la reproduction sociale habituelle. Avec ses amis proches il admire la poésie ce qui l’amène à s’imaginer écrivain ; il construit son ambition personnelle. Lorsqu’il revient sur cette période dans le roman il se souvient que « le commencement de la relation entre Santiago Montero et Valeria Klimt a été pour moi la période de plus grande solitude à l’université, sinon la pire. Après m’avoir raconté la naissance de son amour, Santiago a disparu de ma vie, enfin, peut-être pas complétement, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti. » Au-delà des reportages et des articles le protagoniste s’émancipe, rencontre des filles, tombe amoureux. Pour réussir et suivre le rythme effréné il abuse avec excès d’alcool et autres substances.

La construction romanesque est l’objet même de Tout dire. Dès les premières pages le narrateur indique qu’ « il y a longtemps que j’essaie sans grand résultat de faire de moi un écrivain, de vivre comme un écrivain ou plutôt comme je crois que devrait vivre un écrivain, mais depuis plus de dix ans je n’ai pas écrit une seule ligne qui me satisfasse. » Alors que le roman s’élabore et prend forme sous la plume de Gabriel il constate, heureux : « J’écris, et j’écris même beaucoup, de nombreuses heures par jour, cela dit, je ne suis plus assez ingénu pour prétendre qu’il ne s’agit pas d’un livre, ou d’un roman – s’il est possible dans les romans de ne pas mentir. Un roman sur toi, et sur Bruno, et sur Santiago, sur nous et notre amitié, sur Lima, sur nos vingt ans, sur moi. » Les affres de la création, la difficulté d’écrire apparaissent clairement : « Souvent, enchainé à l’ordinateur, je ne pouvais résister à la tentation de faire une patience, en me disant que c’était une façon de passer le temps en attendant la venue du moment créatif, puis, quand je n’en pouvais plus, j’ouvrais un site pornographique qui me faisait perdre la boule et finissait par m’expédier au lit où, excité, je me masturbais comme un dément avant de m’endormir pour le reste de la journée. Parfois, dans la stupeur des limbes où me précipitaient ces satisfactions solitaires, ivre de plaisir et de culpabilité, je me disais que si c’était pour assouvir ce genre de pulsion que j’avais abandonné mon travail, alors j’étais vraiment le dernier des idiots. » Le doute sur ses choix est permanent. Parvenir à réaliser son projet littéraire représente un accouchement long et douloureux. Les pages de Tout dire rendent formidablement les émotions successives, la persévérance indispensable et le désespoir récurrent.

C’est un roman sur la jeunesse péruvienne et la société inégalitaire où elle cherche à se faire une place. C’est également un roman d’apprentissage. La sexualité est dans un premier temps secondaire pour l’adolescent aspirant écrivain. Ses états d’âme, ses doutes et ses dérives alcoolisées sont bien décrits. Au fil des pages et des années il s’affirme malgré les épreuves et les difficultés. C’est aussi un hommage à la littérature sud américaine et en particulier à Mario Vargas Llosa. Ce dernier a d’ailleurs accueilli chaleureusement cette œuvre prometteuse en indiquant qu’il considérait que c’était un roman important pour la littérature péruvienne et plus largement sud-américaine.

Voilà, je vous ai donc parlé de Tout dire de Jérémias Gamboa paru aux éditions du Seuil.

La capitale péruvienne coeur du roman

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