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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Sans Véronique

Le nouveau roman d'Arthur Dreyfus

Le nouveau roman d'Arthur Dreyfus

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier roman d’Arthur Dreyfus intitulé Sans Véronique. Ce jeune auteur d’une trentaine d’années, touche à tout éclectique (animateur de radio, magicien, écrivain) publie son quatrième roman. Je citerai notamment Belle famille et Histoire de ma sexualité. Ces deux textes sont largement autobiographiques sans qu’il s’agisse d’autofiction. Il a également contribué avec Dominique Fernandez à l’essai Correspondance indiscrète, où ces hommes de deux générations différentes échangent leurs points de vue, en particulier sur l’homosexualité.

Voici le début de la première phrase du roman : « La dernière fois qu’il l’a vue vivante, c’était dans le métro parisien, quelques secondes après la fermeture des portes à l’arrêt République ; un garçon de vingt ans assis face à eux les a observés se dire au revoir, il a été touché par leur affection imperceptible et, bien qu’il fût monté à la station précédente, il avait compris avant le moindre échange de paroles, de regards, que ces deux-là formaient un couple ». Celle dont il est question c’est Véronique. Le roman, à partir de flashbacks, va s’attacher à montrer qui était cette sexagénaire dont, à l’instant de cet incipit, les dernières heures sont comptées. Elle vient de faire valoir ses droits à la retraite ; ses anciens collègues lui ont offert une semaine dans un club en Tunisie à Sousse. Elle a travaillé comme caissière au supermarché de Thomery, petite ville de la lointaine périphérie parisienne, où le couple habite avec sa fille Alexia, pendant de nombreuses années. Mais Véronique n’a pas terminé sa carrière comme caissière, elle était chef d’équipe. Dans le métro ligne 11, celui qui l’accompagne, c’est Bernard, son mari. Il est plombier, il n’a jamais eu beaucoup d’ambition. Il est souvent un peu rugueux, machiste, bougon. Il est casanier et un peu ours il n’accompagne pas sa femme en voyage. La famille mène une vie tranquille, sans histoire.

Bernard, seul pour une semaine se connecte sur internet et succombe à son jardin intime en s’offrant son plaisir secret. Il ira passer quelques heures chez un travesti à Paris. Plus pour discuter que pour l’acte charnel lui-même. A son retour, sa fille a essayé de le joindre, en vain. Il se sent coupable, invente un mensonge pour ne pas révéler son penchant tabou. Mais très vite tout se brouille, sa dissimulation n’est que broutille par rapport à ce qui l’envahit. En effet, Véronique est, comme des dizaines d’autres personnes, la victime innocente d’un abominable attentat meurtrier. Un terroriste a commis un carnage à l’hôtel et sur la plage attenante. Son époux est convoyé au Quai d’Orsay où l’atroce réalité lui est révélée. Une cellule de soutien psychologique le prend en charge avec les autres familles. Accepter la réalité de l’attentat, commencer à faire son deuil, tel devrait être l’objectif. Bernard ne fera pas ce cheminement ; pour sa part, il décide rapidement de partir en Syrie, lieu d’origine et de formation des kamikazes et d’aller lui-même en tuer au moins un. La seconde partie du roman, celle qui décrit la dérive de l’homme meurtri qui ne sait vivre sans son épouse, évoque ce basculement, ce coup de tête spontané et irraisonné. Bernard est une victime collatérale du terrorisme et de l’islamisme.

Le roman s’intéresse aussi au parcours de Seifeddine, ce jeune étudiant marocain assez brillant qui sera embrigadé et deviendra le tueur de Sousse. Son attachement extrême à la religion, son rejet inconditionnel de tout ce qui est haram le propulse vers une mort certaine et revendiquée. Sa brève rencontre avec Sophie ne débouche sur aucune idylle, il s’interdit toute histoire amoureuse. Cela ne modifie donc pas sa volonté fanatique. Sans Véronique, c’est le fracas de ces trajectoires individuelles qui soudain entrent en collision.

Arthur Dreyfus compose de très longues phrases qui s’étendent sur plusieurs pages. Le lecteur doit s’appuyer sur la ponctuation pour scander sa progression et décider ses interruptions. Des respirations sont nécessaires face à un tel drame. Le langage est travaillé, en particulier celui des protagonistes qui est rendu au plus près de la strate sociale d’appartenance. Il n’y a aucun misérabilisme, ni mépris, simplement le recours à la graphie italique pour faire entendre la voix de ces humbles, de ces gens de peu si éloignés dans leur quotidien de ces événements qui par un fatal hasard les frappent de plein fouet. Ce roman est à la fois une formidable histoire d’amour et un cri de douleur, celui d’un homme bouleversé qui décroche de la réalité et sombre dans des limbes mystérieux et insondables.

Voilà, je vous ai donc parlé de Sans Véronique d’Arthur Dreyfus paru aux éditions Gallimard.

Sousse lieu de l'attentat

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