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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le garçon qui n'existait pas

Un roman islandais

Un roman islandais

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à un roman islandais intitulé Le garçon qui n’existait pas. Sur la couverture du livre, il y a l’image du visage d’un blondinet aux yeux très bleu sur le nez duquel un papillon, également bleu, bat des ailes. Le roman a été écrit par Sjon. Cet écrivain et poète est aussi parolier de certaines des chansons de Bjork. Ce texte est l’occasion de découvrir la littérature nordique souvent confidentielle.

L’action se déroule à Reykjavik, la capitale islandaise, du 12 octobre au 6 décembre 1918. L’Islande n’est pas encore indépendante, elle est sous la coupe du Danemark. Le pays au ciel souvent gris et bas est caractérisé par les multiples volcans. Le cinéma est l’une des rares touches de modernité à atteindre cette contrée septentrionale qui est peu développée. Tout commence dans le premier chapitre par une fellation entre un adolescent, Mani Steinn, et un homme plus âgé. Le naturalisme de la description est fort évocateur, le moindre détail est précisé. Voici quelques extraits de cette scène qui se déroule en plein air : « Le jeune homme agenouillé penche la tête et interrompt ses mouvements (…). L’homme qui se tient debout laisse échapper un léger soupir. Adossé à la paroi, il semble s’être fondu à son ombre et uni au rocher. Il pousse un second soupir, plus sonore, plus animal, et ses hanches qui remuent font aller et venir son membre érigé dans la bouche du gamin. Ce dernier respire par le nez. Il suce avec plus de vigueur et se remet à bouger la tête en cadence, mais plus lentement et moins bruyamment que tout à l’heure en s’arrangeant pour que la partie supérieure du gland flotte contre son palais, puis l’enveloppe entièrement de sa langue, ce qui lui permet à la fois d’accomplir sa tâche et de prêter l’oreille. » Le roman n’est pas pornographique, il dresse le portrait d’un jeune homme paria et unanimement stigmatisé par la société intolérante où il grandit.

Mani vit chichement avec son arrière grand-tante. Sa mère, lépreuse, a été isolée et obligée de se séparer de lui. Il est passionné de cinéma, il passe des heures dans les deux salles obscures de la ville où sa cinéphilie est comblée. Les films sont muets, dans la salle un pianiste accompagne les images animées qui défilent à l’écran. Bientôt, la fréquentation du cinéma va se tarir en raison des événements frappant le pays. En effet, pendant les deux mois du roman, alors que sur le continent européen la première guerre mondiale arrive à son terme et que l’armistice se profile, l’Islande est assaillie par une terrible épidémie de grippe espagnole. Voici une brève description des symptômes affectant les malades : « Forte fièvre, céphalées, otites, douleurs laryngées et thoraciques, toux sèche, puis grasse, donnant lieu à d’abondantes expectorations jaunâtres ou sanguinolentes, douleurs musculaires et articulaires, diarrhée. Les saignements de nez, fréquents chez les adolescents, sont pratiquement impossibles à juguler ». La population est malade, les morts s’accumulent. Notre héros, d’habitude à la recherche de plaisirs charnels rémunérés, va contribuer à aider les habitants. Il s’engage aux côtés d’un médecin et de son chauffeur. Ils tentent d’enrayer l’épidémie en délivrant des soins aux plus démunis. Malgré la mort qui rode à cause de la maladie pernicieuse, le protagoniste continue à monnayer ses faveurs sexuelles auprès des hommes, dans les coins reculés et cachés de Reykjavik. Il est surpris en train de faire l’amour avec un matelot danois en escale. Ce dernier reprend la mer discrètement mais le sort de Mani est discuté au sein d’un comité urbain. Le scandale atteint la population locale que de tels agissements et penchants heurtent. Finalement, le garçon échappe au pire mais est banni de l’île et doit s’exiler à Londres. Mani, ce Garçon qui n’existait pas est victime en raison de son orientation sexuelle d’un rejet irrationnel très fort. Le cinéma est pour lui une terre d’évasion, un enchantement intime.

L’écriture est resserrée, les chapitres sont brefs, aucun adjectif superfétatoire n’est ajouté. Quelques photographies en noir et blanc sont disséminées dans les pages du roman et contribuent à l’impression nostalgique. Voici les dernières phrases du roman qui permettent de comprendre pourquoi Sjon l’a écrit : « ce sera en mémoire de ce Bosi – marin, alcoolique, homme de livres, socialiste et homo – mort du sida au moi de mai 1993 que le fils ainé de Sigurdur Asgrimur, Sigurjon, prendra la plume pour écrire l’histoire de Mani Steinn, le garçon qui jamais n’exista ».

Voilà, je vous ai donc parlé du Garçon qui n’existait pas de Sjon paru aux éditions Rivages.

Une chanson de Bjork

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