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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Changer la vie

Un roman d'Antoine Audouard

Un roman d'Antoine Audouard

Aujourd’hui je vais évoquer le dernier ouvrage d’Antoine Audouard, Changer la vie. C’est le premier roman de cet auteur que je lis, je l’ai choisi presque au hasard, intrigué par la photo figurant sur la couverture. Au premier plan, un jeune homme à la silhouette un peu floue marche à pas rapide. En arrière-plan, des affiches un peu déchirées sur lesquelles on voit distinctement une rose, celle qui symbolise le parti socialiste. On distingue des mots d’ordre, on situe l’époque. Le roman se déroule au moment de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle en mai 1981.

Le titre devient explicite, c’était le slogan de la campagne victorieuse. Tout un programme qui avait du sens et rassemblait pour proposer, notamment aux ouvriers une vie meilleure. Le roman ne prétend pas être politique, je ne le serai donc pas non plus. Mai 1981, c’est donc la période choisie pour démarrer ce roman. Les deux personnages principaux sont André et François, deux amis qui entrent dans la vie adulte et professionnelle. Voici deux passages qui indiquent la nature de la relation entre les deux amis : « Quelques années plus tôt, nous nous étions retrouvés entre garçons chez un copain, ayant décidé de sécher les cours, et, rideaux fermés, nous nous étions livrés à quelques explorations mutuelles : ce n’était pas vers lui que mes mains s’étaient dirigées, et à supposer que mon choix des filles n’ait pas mis fin à cette période d’indifférenciation sexuelle, ce n’était pas vers lui que je me serais tourné. (…). Les manifs, j’y allais comme vers le cul des filles, excité et paralysé de timidité – en découdre, manger des gaz lacrymogènes, prendre une inconnue par le bras et courir vers le métro pour échapper à la charge des CRS, c’était pour moi une source de terreur et la promesse d’une action héroïque ; toi tu t’en foutais, l’homme d’action sur le bitume c’était moi, tu venais pour m’accompagner et vivre le fugace plaisir d’être ensemble et de hurler les mêmes slogans plus ou moins débiles – je n’avais pas encore compris les profonds replis de ton amitié pour moi ». Tout est dit à demi mots, suggéré. L’ambiguïté post adolescente n’abimera pas l’amitié, chacun suivre son chemin.

André se rêve écrivain il n’est pour l’heure que nègre ou ghost writer comme l’on dit en anglais. En juin, avec François, il quitte Paris pour New-York. Pour quelques mois, une aventure à vivre avant que la jeunesse ne s’efface. André va rencontrer par l’entremise d’un éditeur Jenny, une vieille dame mystérieuse. Il accepte de rédiger ses mémoires, sa vie est extraordinaire. Elle a été déportée par les nazis avec une amie pianiste qui n’est pas revenue des camps. Jenny, elle, s’est ensuite mariée et exilée en Amérique. Pourquoi accepte-t-elle de se confier à André ? Alors qu’elle n’a jamais rien dit de cette histoire. Elle raconte avoir croisé quelques figures de la résistance également déportées. Rapidement le buzz autour du futur bouquin enfle, mais des soupçons vont naitre. Faut-il publier ce récit dont l’authenticité semble douteuse ? André se méfie, après hésitation, il renoncera.

Quelques mots sur le style du roman. Autant prévenir les lecteurs non anglophones, le texte est partiellement écrit en anglais. Cela peut dérouter, mais cela contribue à l’atmosphère du roman. Il s’agit d’un texte musical, les titres des chapitres sont la bande originale rock du roman. Là encore cela peut surprendre, mais c’est en adéquation avec la narration. Pour apprécier il faut accepter d’être porté par un rythme et un style non classique.

Un trait de l’époque est bien rendu par l’extrait suivant : « J’avais gardé pour lui une page du New York Times parlant de cette nouvelle forme de cancer qui faisait des ravages dans les communautés gays de New York et de San Francisco, lui resservant l’injonction inutile – j’en savais quelque chose – de ne pas faire le con, mais dans son meilleur anglais il m’avait révélé que c’était du bullshit, une rumeur lancée par les conservateurs et ultras pour effrayer les homosexuels après avoir essayé de les discréditer au nom de la Bible ». C’est avec de telles touches historiques qu’un bon roman est daté, ancré dans une époque.

Voilà, je vous ai donc parlé de Changer la vie d’Antoine Audouard paru chez Gallimard.

Quelques illustrations de la joie consécutive à l'arrivée de la gauche au pouvoir
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