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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Numéro zéro

L'ultime roman d'Eco

L'ultime roman d'Eco

Aujourd’hui je vais évoquer le dernier roman d’Umberto Eco Numéro zéro. Mais auparavant, quelques mots de présentation de cet auteur formidable pour ceux qui ne le connaitraient pas. Certes j’en suis fan, mais je sais que tout le monde ne l’a pas lu. Il est mort le 19 février dernier à Milan. Ce truculent italien octogénaire était un Janus à double visage à l’accent chantant : d’une part l’universitaire spécialiste de sémiologie et d’histoire médiévale, de l’autre le romancier qui n’hésite pas à convoquer ses connaissances pour nourrir ses histoires romanesques. Dans un cas comme dans l’autre c’est toujours un homme élégant et érudit, polyglotte accompli. Aussi formidables soient-ils, ses textes ne sont pas spontanément faciles d’accès. Pourtant, l’effort est récompensé, en lisant Umberto Eco vous apprendrez des mots et des concepts, et même si certains vous échappent vous sortirez plus averti de ces lectures roboratives, avec un sentiment d’intelligence augmentée. En effet, la plupart de ses romans sont des pavés qui peuvent effrayer par leur taille et l’ambition des thèmes traités. Avant d’en venir à l’objet du jour qui détonne par sa minceur, je vous propose un rapide détour guidé dans les arcanes de son œuvre romanesque.

Elle est composée de sept ouvrages. Le nom de la rose est une formidable intrigue policière sise au cœur d’un monastère bénédictin au XIVème siècle en Provence. Le livre est absolument merveilleux pour celui qui accepte les longs passages en latin et les phrases impénétrables. Il faut suivre Adso, le jeune novice narrateur dans sa recherche d’un manuscrit maudit. Le second roman est Le pendule de Foucault. Cette fois, c’est l’ésotérisme et l’occultisme qui sont au cœur de cette histoire folle. Sans nul doute le roman le plus étonnant, cabalistique et hermétique d’Eco. L’île du jour d’avant est une fascinante intrigue scientifique autour de la ligne de changement de date, cela n’a l’air de rien mais lorsque l’on est incité à y réfléchir c’est vite vertigineux, un vrai gouffre insondable. Umberto Eco a ensuite publié Baudolino puis La mystérieuse flamme de la reine Loana. Enfin, Le cimetière de Prague autour des théories du complot, plus particulièrement le mythe d’un complot juif avec notamment les protocoles des sages de Sion qui sont explorés sans répit.

La liste de ses essais serait trop longue à énumérer. Roland Barthes a trouvé un digne successeur en sémiologie. Je citerai juste trois beaux livres : Histoire de la beauté, Histoire de la laideur et Vertige de la liste. Ce dernier titre est symptomatique du style d’Umberto Eco qui n’hésite pas sur des pages et des pages, y compris dans ses romans, à établir des listes époustouflantes qui font sens et scandent avec humour et pertinence le rythme de sa prose. Vous l’aurez compris, je suis admiratif d’Umberto Eco, qui, même s’il me semble parfois ardu, a le don de me procurer le sentiment qu’après l’avoir lu je suis plus cultivé, c’est une impression fort agréable. N’hésitez pas à y gouter.

Donc à présent venons en à ce bref roman intitulé Numéro zéro qui se déroule à Milan, en 1992. Il n’a pas l’envolée ni la grandiloquence de ceux que je viens de citer. C’est un roman satirique et plein d’humour. Le narrateur Colonna, est un italien, nègre de profession, qui a acquis une notoriété dans le milieu littéraire. Il est invité à réfléchir au lancement et au contenu d’un nouveau quotidien, Domani, dont il doit inventer des numéros zéros. Rappelons qu’un nègre dans le monde de l’édition est quelqu’un qui écrit anonymement et sans signer pour un auteur qui lui revendiquera la paternité du texte. Un numéro zéro d’un journal est, quant à lui, destiné à créer et tester des maquettes comprenant des articles pour traiter des sujets d’actualité. Colonna constitue donc une équipe de journalistes qui ne savent pas que le commanditaire n’a pas l’intention de concrétiser le projet. Ce dernier veut juste poser des jalons, occuper le terrain politico-médiatique. Mais le prisme choisi pour ce journal est tourné autour des complots. Voici un court extrait : « Nous pourrions trouver du travail dans un journal ou une maison d’édition, j’ai là-bas des amis qui bossent dans une revue people – une belle et honnête activité, à y repenser maintenant, on raconte des craques mais tout le monde le sait, ça amuse les gens, et ceux dont on dévoile le petit jardin secret se sont déjà confiés la veille à la télévision ». Umberto Eco est ici ironique et prend de la distance avec la société médiatique de l’immédiateté et du superficiel. La conclusion du roman est la suivante : « Maia m’a redonné la paix, la confiance en moi-même, ou du moins une calme défiance envers le monde qui m’entoure. La vie est supportable, il suffit de se contenter de ce qu’on a. Demain est un autre jour ». Je vous propose de méditer sur ces paroles.

Voilà, je vous ai donc parlé de Numéro zéro de Umberto Eco paru aux éditions Grasset.

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