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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Les saintes / Ann

Deux romans de Fabrice Guénier
Deux romans de Fabrice Guénier

Deux romans de Fabrice Guénier

Aujourd’hui je vais évoquer deux romans d’un auteur inconnu : Fabrice Guénier. Est-il jeune ou vieux ? Quel est son parcours ? Est-ce son nom ou se cache-t-il derrière un pseudonyme ? Aucune réponse, je n’ai pas trouvé d’éléments. Gallimard me paraissait un gage de qualité suffisant pour m’engager dans la lecture de cette double œuvre.

Ces romans racontent les pérégrinations d’un français d’âge mature dans le sud-est asiatique à la recherche de plaisir facile et tarifé. Peu importe le lieu : Thaïlande, Philippines, Vietnam ou Cambodge. Ce qui compte ce sont les corps jeunes et dociles que l’on s’offre pour quelques heures pour des poignées de dollars. Une sorte de descente dans les bas-fonds sordides de la prostitution. Avec la volonté d’ajouter de la tendresse, voire même des sentiments qui peuvent conduire à de l’amour. Sorte de rédemption. Le premier épisode, Les saintes, est celui de la découverte et de l’exploration de toute cette chair offerte aux mâles débordant de libido et d’hormones. J’ai trouvé cela horripilant, répétitif et sans réel intérêt. Le style est chaotique, décousu, avec des phrases courtes, une ponctuation troublante. Cette tentative de littérature d’avant-garde me semble ratée. C’est une litanie de prénoms, des corps anonymes qui se succèdent dans des lits défoncés. Je trouve cela assez abject et répugnant, sans qu’il y ait de débordement de sexualité. Autant lire Nyctalope de Cotton paru il y a quelques années, c’est plus cru et pornographique mais plus réussi. Ou pour plus scandaleux mais littérairement abouti et impeccable une grande part de l’œuvre de Gabriel Matzneff, ses journaux ou ses romans.

Ann, le second volume évoqué, est moins dans l’énumération de partenaires sexuelles mais focalise sur la jeune femme du titre dont le narrateur s’éprend au suprême. Le roman est le catafalque et le cercueil d’Ann. Voici un montage de plusieurs extraits. « Je suis vivant et tu es morte. Les gens disent : décédée, partie, disparue. Je dis : morte. Il me semble que je te dois cette brutalité qui n’est que le constat de la brutalité qui t’a été faite. De cette brutalité qui m’est faite. (…) Tu sais, sans toi je ne sais pas ce que je serais devenu ces dernières années. Tu avais réparé tant de choses. T’avoir comme amour, c’était comme avoir cent amours. Tu m’auras même montré comment on meurt. » Ces phrases sont belles et percutantes. Elles laissent augurer un sublime cri d’amour à travers l’édification d’un tombeau merveilleux. Hélas pour l’auteur, cela ne fonctionne pas. Cet homme meurtri, qui semble ne plus vagabonder d’un corps d’adolescente à l’autre, attaché à Ann désormais, prêt à tout pour la rejoindre, l’accompagner et soulager son agonie, demeure répugnant. Le roman trace le portrait de ces étrangers venus se soulager à Bangkok ou Pattaya. Le narrateur est indubitablement lucide : « De toute façon nous étions laids pour la plupart. Laids parce que pas de notre faute. Laids parce que lourds et maladroits, frustrés et malhabiles, criards, grotesques ; et pourtant sûrs de nous ; de notre supériorité culturelle, intellectuelle. Les dollars étaient là pour nous rassurer et nous les dépensions, sans toujours penser qu’il fallait risquer autre chose : risquer sa cervelle, sa peau. (…) Peu comprenaient. De toute façon, personne n’avait jamais vraiment compris, mais c’était sans importance. Sans doute, un des privilèges de l’âge, c’est de ne plus espérer partager grand-chose avec grand monde. » Cette fois, le sentiment amoureux est oublié, la lumière entr’aperçue devient noirceur et pourriture.

Vous l’aurez compris, les deux romans que je viens d’évoquer me laissent dubitatif, la tentative expérimentale me laisse de marbre. Je ne parviens pas à m’identifier à un des personnages, ou à être en empathie avec le protagoniste. Ceci n’est pas dû à un point de vue moral, l’éventuel scandale ne me heurte pas, j’ai lu bien plus osé. Simplement, je ne crois pas à la sincérité de cet homme qui aurait cette double vie entre Paris (rangé, marié avec des enfants) et la Thaïlande (épris d’une prostituée moribonde qui agonise dans un hôpital de province avec à son chevet cet européen disgracieux). La littérature ne doit pas nécessairement être réaliste et plausible mais le personnage principal est à mes yeux trop inacceptable pour que j’y croie.

Voilà, je vous ai parlé d'Ann et Des saintes de Fabrice Guénier parus aux éditions Gallimard. 

Thailande, centre des intrigues de ces romans

Gainsbourg et sa fille Charlotte

La Thailande maritime
La Thailande maritime

La Thailande maritime

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