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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Deux romans : Ça aussi, ça passera & Des jours que je n’ai pas oubliés

Deux romans mis en perspective et en résonnance
Deux romans mis en perspective et en résonnance

Deux romans mis en perspective et en résonnance

Aujourd’hui on va parler d’amour en évoquant deux romans. Leurs titres : Ça aussi, ça passera de Milena Busquets et Des jours que je n’ai pas oubliés de Santiago Amigorena. Ces deux romans sont largement autobiographiques. Pour moi, il s’agissait dans les deux cas de la découverte d’un nouvel auteur, c’est le hasard qui m’a conduit vers ces livres. Je ne savais donc rien sur eux avant de préparer cette chronique. D’ailleurs je ne vais rien vous révéler sur leurs vies respectives, les curieux se renseigneront sur internet, je pense qu’il vaut mieux ne pas savoir qui se cache derrière les personnages du second roman. Ces livres sont réussis et touchent le lecteur par l’universalité des sentiments décrits.

Ça aussi, ça passera est un texte de deuil et d’amour. La protagoniste, Blanca, la quarantaine pimpante vient de perdre sa mère et décide à l’aube de l’été de s’éloigner de Barcelone pour passer quelques jours dans la maison familiale de Cadaquès. Elle part vers cette retraite accompagnée de sa tribu : ses enfants, ses deux ex-maris, deux copines et l’image de l’inconnu aperçu au cimetière. Pendant ces jours le fantôme de sa mère l’obsède. Le souvenir reste immarcescible mais la vie, le rire et le désir réapparaissent progressivement alors que le travail de deuil commence. La psychologie est subtilement rendue, certains passages pourraient figurer dans des traités de psychanalyse sans l’austérité habituelle de ces textes. La relation mère fille, le deuil, l’amour sont autant de porte d’entrée dans ce roman. L’attitude de Blanca, fortement attachée à sa mère, peut heurter par exemple avec la scène de l’enterrement lorsqu’elle remarque un jeune homme qui lui plait dans l’assistance et dont elle se demande si elle a envie d’une relation sexuelle avec lui. Il est dit que le contraire de la mort n’est pas la vie mais le sexe. Voici un passage où il est question de la genèse de l’amour. « Après tout, nous aimons comme nous avons été aimés dans l’enfance, et les amours qui viennent après ne peuvent être le plus souvent que la réplique du premier amour. Je te dois, donc, toutes mes amours suivantes, même l’amour sauvage et aveugle que je ressens pour mes fils. Je ne peux plus ouvrir un livre sans voir ton visage calme et concentré, sans savoir que je ne le verrai plus, et peut-être ce qui est plus grave encore, qu’il ne me verra plus. Je ne serai plus jamais regardé par tes yeux ». Plus loin, Blanca fait le bilan et tente une timide auto-analyse. « J’aime toujours les êtres que j’ai aimés un jour, je ne peux éviter de voir, par-delà toutes les désertions et la plupart des déloyautés, les miennes et celles d’autrui, la personne originelle et transparente, celle d’avant que tout se transforme en cendres. Avec une certaine héroïcité stupide, je ne renie aucune de mes amours, ni aucune de mes blessures. Ce serait me renier moi-même ». Ces phrases font écho quand on les lit, le roman est vrai, il a une profondeur touchante.

A présent, j’en viens à Des jours que je n’ai pas oubliés que je vais inscrire en perspective avec Ça aussi, ça passera. Cette fois, il s’agit d’un amour finissant, ou plus exactement d’une histoire d’amour qui est vouée à s’achever. La femme n’aime plus qu’à moitié son mari, elle a rencontré un nouvel amour, tandis que l’homme est encore pleinement épris et espère que la relation n’est pas finie. Cent vingt cinq brefs chapitres, de petites pépites, sous forme notamment d’une lettre à la femme aimée. C’est le je qui est employé dans la missive, alors qu’en contrepoint pour la narration du voyage le il est de rigueur. Cette alternance de style est en adéquation avec les sentiments vécus. Le voyage est un périple en train de Paris vers l’Italie, sur le chemin des souvenirs partagés, afin de retrouver les sensations et les émotions amoureuses. Il se déroule d’un jeudi soir au lundi suivant, le journal intime témoigne des escales et des pensées de celui qui prend conscience qu’il n’est plus totalement aimé de sa femme. Voici son état à l’annonce de la probable rupture. Les phrases sont brèves et saccadées pour dire le manque et l’absence. « Il a envie de mourir. Rien de plus. Ni envie de la voir. Ni envie de parler. Ni envie de comprendre. Ni envie de ne pas comprendre. Ni envie. Envie de mourir. Envie de n’être plus ». L’homme quitté a pris dans son sac un poème de Guillaume Apollinaire les Lettres à Lou. Ce texte résonne en lui, il en cite de courts extraits. Bien sûr il s’identifie à ces cris d’amour que l’on souhaite éternels. Son voyage en Italie sur les lieux de son passé amoureux l’aide à accepter l’inéluctable et à ne pas se suicider.

Voilà, je vous ai parlé de Ça aussi, ça passera de Milena Busquets paru aux éditions Gallimard et Des jours que je n’ai pas oubliés de Santiago Amigorena paru chez POL et disponible en Folio. 

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