Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Sur les chemins noirs

Le nouveau récit de Sylvain Tesson : marche en France

Le nouveau récit de Sylvain Tesson : marche en France

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au récit de Sylvain Tesson intitulé Sur les chemins noirs. Sylvain Tesson est ce que l’on peut qualifier d’écrivain-voyageur. La plupart de ses ouvrages précédents sont la narration de ses épopées à travers le monde, solitaires ou partagées avec des compagnons d’aventure. Il a également publié des nouvelles sous le joli titre de S’abandonner à vivre. Il a arpenté le monde et ses fidèles lecteurs connaissent son tropisme pour la Russie. Je citerai notamment le formidable Dans les forêts de Sibérie qui était une sorte de retraite, souvent alcoolisée, au bord du lac Baïkal. Tesson est imbibé (dans tous les sens du terme) et pétri de Russie. Voici deux phrases qui pourraient faire figure de devise pour lui et qui sont illustrées dans ce voyage : « Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie. »

En 2014, alors de passage en France, il grimpe sur le toit d’une maison familiale et en tombe. Gravement blessé, il frôle la mort et s’en remet à force d’abnégation, de volonté et de courage. Son corps est meurtri, son visage défiguré à jamais. Sur son lit d’hôpital, Sylvain Tesson se promet, s’il se rétablit, de repartir sur les chemins. C’est ainsi que d’août à novembre 2015, du sud-est de la France à la pointe de la Normandie, il va marcher. Il en fait la chronique quotidienne à travers de brèves notes, précises et ciselées. Son itinéraire est construit à partir d’un rapport officiel sur l’hyper ruralité française. Double enjeu pour le marcheur : éprouver son corps, marcher coûte que coûte pour guérir et sonder cette France déconnectée, à l’écart de l’ultra modernité. Donc c’est l’occasion pour l’auteur d’étayer ses réflexions, de dresser un portrait des lieux traversés au rythme lent de la marche.

Durant ses expéditions passées il s’est révélé un soiffard aguerri. Mais, comme il le confie, suite à sa chute : « l’alcool m’était interdit par l’Académie de médecine. J’avais bu pour la vie au cours de ces dernières années, noyé des caravanes de souvenirs dans des gués de vodka. (…). Je payais cher la dette contractée au bureau des excès. Ne pouvant pas me permettre de réveiller les démons, il me fallait oublier la grâce de l’ivrogne : celle d’accueillir des carnavals dans son crâne. » C’est donc sobre qu’il va se lancer à l’assaut des kilomètres. Voici comment il décrit l’inauguration de son périple pédestre : « Les Russes, par tradition, avant de partir en voyage, s’asseyent quelques secondes sur une chaise, une malle, sur la première pierre venue. Ils font le vide en eux, pensent à ceux qu’ils quittent, s’inquiètent de savoir s’ils ont fermé le gaz, caché le cadavre – que sais-je encore ? Je m’assis donc, manière ruskoff, le dos contre un oratoire de bois où une vierge méditait devant le paysage d’Italie. Soudain je me levais et partis. » C’est donc parti pour cette remontée en diagonale de son pays comme émérite voyageur il connaît beaucoup moins que de lointaines contrées. Chaque soir il campe ou dort à la belle étoile. Incontestablement, ces conditions rustiques collent bien au personnage et à son exigence vis-à-vis de lui-même.

Sylvain Tesson se tient à l’écart des routes les plus fréquentées et des chemins de grandes randonnées. Il cherche des voies de traverses par lesquelles il peut retrouver l’histoire locale de l’implantation passée des populations. Il dit ainsi : « les chemins noirs dont je tissais la liste avaient cette haute responsabilité de dessiner la cartographie du temps perdu. Ils avaient été abandonnés parce qu’ils étaient trop antiques. Ce n’était plus considéré comme une vertu. » Sa pérégrination géographique en France, Tesson ne la fait pas seul tout le temps. Il est notamment rejoint par Cédric Gras et Arnaud Humann, des amis avec lesquels il a déjà vécu de belles aventures et sa sœur Daphnée qui sera attaquée par des frelons dans une scène épique. La souffrance physique est partie intégrante de cette marche. Ainsi notre héros est atteint du mal noir comme on disait naguère, il est sujet à une crise d’épilepsie. Il doit être brièvement traité à l’hôpital avant de reprendre son chemin. Il indique : « Les médicaments contre l’épilepsie m’abrutissaient. S’y ajoutaient les doses de colchicine pour les complications cardiaques et les produits pour calmer les douleurs des jambes. J’avais foutu le feu à ma vie, brûlé mes vaisseaux, sauté pour échapper à l’incendie et à présent je trainais sur les chemins une inflammation générale que la médecine contenait. » Même si la naïveté de certains constats est évidente, ce récit rédempteur de Tesson est à lire sans réserve. Le lecteur pourra aussi avec plaisir se plonger dans d’autres récits de marche. Par exemple le long de la route de la soie avec les ouvrages publiés par Bernard Ollivier ou alors sur le chemin de Compostelle suivi récemment par Jean-Christophe Ruffin.

Voilà, je vous ai donc parlé de Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson paru aux éditions Gallimard.

L'extrême orient russe : Vladivostok
L'extrême orient russe : Vladivostok
L'extrême orient russe : Vladivostok

L'extrême orient russe : Vladivostok

L'âme russe

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article