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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Histoire de l’amour et de la haine

Roman dans l'air du temps de Charles Dantzig

Roman dans l'air du temps de Charles Dantzig

Aujourd’hui je vais vous parler d’Histoire de l’amour et de la haine le nouveau roman de Charles Dantzig. C’est le premier livre de lui que je lis. Il est essayiste, directeur de revue, éditeur et romancier. Le titre de son roman, sonne presque comme celui d’un essai. D’où une certaine ambiguïté sur la nature de cet ouvrage. S’agit-il totalement d’un roman ? D’un côté oui, puisque le lecteur partage l’histoire de sept personnages de fiction. Néanmoins, sa construction où se mêle narration fictionnelle et insertion de considérations sociétales est déroutante. Et le livre apparaît aussi comme une sorte de pamphlet dissimulé, un cri de colère lancé par le biais du roman. Ce mélange des genres laisse un peu dubitatif. L’auteur explique qu’il a voulu écrire le roman du mariage pour tous et surtout dénoncer tous les actes d’homophobie associés à ce récent épisode sociétal. A mon sens, son roman n’atteint pas pleinement son objectif et m’a déçu.

La structure et la construction du roman en bref chapitres peut déranger. Chaque chapitre débute par quelques paragraphes bien insérés dans l’histoire des protagonistes, puis ce sont des digressions, certes pertinentes, mais que l’on a parfois du mal à rattacher au roman. Et l’accumulation de bons sentiments respectables est parfois indigeste. Résultat : on ne s’identifie pas suffisamment aux personnages qui deviennent presque secondaires dans le texte. C’est dommage. La plupart des protagonistes sont des hommes. Au total il y a sept personnages. Le roman a pour cadre Paris au moment des manifestations réactionnaires contre le mariage pour tous. Jean Furnesse est un député hostile à ladite loi, qui défile dans les manifestations et tient des propos homophobes indignes. Le lecteur tentera de deviner de qui il s’agit. Ajoutons qu’il élève seul son fils Ferdinand dont le goût pour les hommes lui est caché. Mais le jeune homme prend conscience de ses attirances et du rejet évident de son père. Voici un passage du roman : « Depuis l’âge de quatorze ans, la vie de Ferdinand consistait à repousser des gens qui voulaient coucher avec lui. Jeunes, vieux, hommes, femmes, il était harcelé. Le seul endroit où il était à peu près tranquille était le café des Grands Hommes. » Un autre personnage, quadragénaire assumé, Armand qui est en couple avec Aaron tient les propos suivants : « C’est l’homophobe qui fait le gay. Ma caractéristique n’est pas que je suis gay, mais cadre supérieur dans une banque, blond-gris aux sourcils noirs, amateur des Strokes, du mobilier de Gio Ponti, des installations de Danh Vo, des spaghettis à la tomate et du corps des hommes. (…). Six mois d’injures, de calomnies, de bêtise, et ils avaient perdu ! Ils avaient continué à manifester alors que la loi avait été votée, on eût dit la course d’un poulet égorgé. » A l’exception de l’odieux et vulgaire Furnesse, qui déambule nu dans son appartement des beaux quartiers les parties génitales exposées à la vue de son adolescent de fils, tous les personnages du roman, Ferdinand, Jules son ami dont il est secrètement amoureux, Pierre l’écrivain narrateur, Ginevra sa compagne, Aaron, Armand et Anne la colocataire du couple de garçons sont en faveur de cette loi.

Comme je l’ai indiqué l’histoire de ces personnages est entrecoupée de moult considérations dont certaines ont retenu mon attention. Je vous en propose quelques extraits. « L’enfant gay restera invisible à tous, y compris aux autres, qu’il ne verra donc pas. L’homosexualité est un pays étranger dont les plus jeunes citoyens ignorent tout, jusqu’à l’existence de semblables. (…). On croit qu’on a un genre, et arrive quelqu’un d’un autre genre dont on devient ivre. La notion de genre est un mur qu’on élève entre soi et l’aventure. Et si on l’invente, c’est pour créer de l’aventure, un obstacle physique dont notre pur amour triomphera. (…). Dans les prémices de l’amour, la sérénité de l’autre est un supplice. Il n’est pas encore où nous en sommes, où nous voudrions qu’il fût. Dans cet être rapproché par notre désir et éloigné par son indifférence, l’indifférence, excitant le désir, redouble notre souffrance. (…). Les réseaux sociaux ont décuplé une chose qui existait avec les messageries de téléphone, lesquelles avaient décuplé ce qui existait avec les téléphones, lesquels, etc., jusqu’au début de toute communication médiatisée sans doute, l’attente non récompensée. Et on se connecte pour voir si l’autre est connecté, et on va sur sa page pour voir s’il y a du nouveau, et cela crée une démangeaison qui confine à la manie. » Ces dernières phrases m’ont fait penser au formidable Fragments du discours amoureux de Roland Barthes.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Histoire de l’amour et de la haine de Charles Dantzig, paru chez Grasset.

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