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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Elections présidentielles américaines

Comment expliquer l'élection de Trump à la présidence des Etats-Unis?
 
 
Tout d'abord, la Constitution américaine mandate l’élection du président par un vote indirect effectué par le Collège électoral. Celui-ci compte 538 grands électeurs : un pour chaque membre du Congrès (100 sénateurs et 435 représentants) et trois pour le District de Columbia (Washington D.C.). Ces grands électeurs sont répartis dans chaque État en fonction de leur population respective. Ainsi la Californie, l’État le plus peuplé du pays, compte 55 grands électeurs. Le Montana et les deux Dakota, en revanche, n’en comptent que 3 chacun. 
Le prétendant à la présidence se doit donc d’établir une stratégie de campagne afin d’obtenir la majorité absolue de ces grands électeurs, soit 270. S’il n’existe pas de loi au niveau fédéral forçant les grands électeurs des États à suivre les résultats du vote populaire, il est coutumier pour eux de suivre le système dit winner-take-all où le candidat qui gagne le vote populaire d’un État obtient le vote de la totalité des grand électeurs. 
Par exemple, en 2016, en Caroline du Nord, D. Trump l'emporte avec une courte majorité des suffrages exprimés (50,5 %), mais cela suffit pour gagner les 13 grands électeurs de cet État. Seuls le Nebraska et le Maine dérogent à cette règle du winner-take-all. 
 
Traditionnellement, le candidat démocrate domine dans les États les plus peuplés et urbanisés des côtes est et ouest, dans les grandes villes américaines, où les populations issues des minorités lui donnent préférence, et dans la région des Grands Lacs, du fait de la combinaison d’une tradition syndicale alliée au Parti démocrate et d’une présence importante de minorités dans les centres urbains. C’est notamment le cas de la Californie, qui a toujours voté pour le candidat démocrate à la présidence depuis 1992.
 
Par contraste, le Parti républicain domine largement les États du Sud et du Mid-West. Ces populations majoritairement rurales, blanches et aux tendances conservatrices (au moins sur les questions sociales) représentent la base électorale de ce parti. Ainsi, le Texas vote pour le candidat républicain depuis 1980.
 
La conséquence de ce phénomène de polarisation politique est la concentration des stratégies de campagne dans les swing states (les États susceptibles de basculer). Ceux-ci obtiennent la majorité de l’attention des candidats. En 2016, ces swing states sont, outre la Floride, des États du Sud-Ouest (Nevada et Colorado) de la Rust Belt des Grands Lacs (Iowa, Ohio, Pennsylvanie et Wisconsin) et de la côte atlantique (Virginie et Caroline du Nord).
 
La règle du winner-take-all et le fonctionnement fédéral et indirect du système électoral étasunien expliquent aussi qu'un candidat puisse être élu avec moins de voix que son adversaire.  Hillary Clinton remporte le vote populaire mais pourtant elle perd largement le vote des grands électeurs. En effet, un candidat qui a une confortable assise dans les États qui lui sont acquis, mais qui perd de justesse dans les swing states, perd l'élection même s'il obtient, à l'échelle du pays tout entier, une majorité qui n'a pas vraiment de sens puisque l'élection se décide à l'échelle fédérée, et non fédérale.
 
Le plus frappant dans cette élection, se sont les anciens électeurs démocrates qui se sont cette fois-ci décidés à voter pour Trump. 
Ce phénomène est particulièrement frappant dans la Rust Belt, qui inclut l’Iowa, le Wisconsin, le Michigan, l’Illinois, l’Indiana, l’Ohio et la Pennsylvanie. C'est une région anciennement dynamique de l’économie américaine. Centre de l’industrie métallurgique et automobile du pays, elle a beaucoup souffert de la crise économique de 2008. Traditionnellement, cette région favorise le Parti démocrate, ce qui peut s’expliquer par les forts taux de syndicalisation et par la migration de populations afro-américaines du Sud vers le Nord dans les années 1950-1960 (particulièrement dans le Michigan et l’Ohio), cela a permis à ces deux États de rester solidement ancrés dans le camp démocrate. Cependant, la désindustrialisation a poussé certains de ces États dans le camp républicain, comme le Wisconsin (10 grands électeurs), l’Iowa (6), l’Ohio (18) et la Pennsylvanie (20), donnant à ces quatre États le statut de swing states. Ajoutons à cela la forte présence de populations rurales blanches à tendance conservatrice qui contrebalancent fortement les tendances démocrates des centres urbains.
 
Dans ces swing states, les propositions protectionnistes de Trump ont été reçues positivement par une population souffrant de la crise économique. Sa personnalité, en revanche, et l’incertitude quant à la réalité de son conservatisme n'ont pas suffi à rebuter les électeurs, et l’élection s'est largement jouée dans ces États. Seul l'Illinois reste démocrate en 2016, et le basculement de la Pennsylvanie, du Wisconsin, et du Michigan ont été décisifs.
De plus, Clinton a fait une erreur en faisant très peu campagne dans le Michigan et le Wisconsin, des états où elle n'a pas fait suffisamment campagne. Or ce sont des états qui ont voté en majorité lors des primaires démocrates pour Bernie Sanders. Elle aurait dû plus s'appliquer à convaincre les anciens ouvriers et les électeurs qui se sentent délaissés au lieu de faire campagne pour les jeunes et les minorités déjà en grande majorité acquis à sa cause. 
L'élection s'est donc jouée dans cette région du pays où l'électorat a été séduit par le discours anti système de Trump. 
Une leçon qu'il faudra retenir dans le futur pour les démocrates. 
Donald Trump vainqueur de l'élection présidentielle américaine de novembre 2016
Donald Trump vainqueur de l'élection présidentielle américaine de novembre 2016
Donald Trump vainqueur de l'élection présidentielle américaine de novembre 2016

Donald Trump vainqueur de l'élection présidentielle américaine de novembre 2016

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