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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Dans la peau d’un pilote de chasse

Un essai sociologique sur le métier de pilote de chasse

Un essai sociologique sur le métier de pilote de chasse

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à un essai intitulé Dans la peau d’un pilote de chasse. Les auteurs, Gérard Dubey et Caroline Moricot, sont sociologues. Cet ouvrage représente une enquête de terrain conduite auprès de pilotes de chasse de l’armée de l’air française. Elle a été menée librement au sein d’escadrons sur différentes bases aériennes. Les auteurs indiquent l’importance de disposer de temps afin de pouvoir gagner la confiance des enquêtés. En effet, ceux-ci sont interrogés sur les évolutions drastiques de leur métier et sont invités à exprimer leurs sentiments et sensations. Les changements en cours génèrent stress, démotivation et frustration. Les sociologues se sont également intéressés aux officiers de renseignements qui, avec l’évolution des techniques, prennent de plus en plus de pouvoir. La hiérarchie entre les deux métiers a tendance à basculer au profit de ces derniers. Sur la couverture du bouquin trois chasseurs en formation serrée font songer à Top Gun.

Le métier de pilote de chasse, sorte de graal chez les aspirants pilotes, est souvent dans la liste de ceux qui font rêver les enfants. Y parvenir est un vrai parcours du combattant, le métier est très exigeant. Les aptitudes physique, intellectuelle et mentale sont systématiquement évaluées. Les capacités physiques, afin de pouvoir notamment absorber les accélérations foudroyantes et résister aux sollicitations extrêmes auquel le corps est soumis, doivent répondre à des critères normés stricts. Les pilotes de chasse sont donc en excellente condition. Pourtant comme l’essai va le montrer ils ne sont pas tous heureux.

Le paradoxe de ce métier est que le pilote passe des centaines d’heures à s’entrainer (au simulateur ou en réel) sans aucune certitude de devoir un jour démontrer ses compétences. Pourtant, s’il doit combattre aux commandes de son joyau technologique, aucune erreur n’est permise. Les avions de chasse ont beaucoup évolué. Le coût des machines a décuplé. Les performances sont très différentes entre un Mirage III ou un Jaguar et un Rafale de dernière génération. Le pilote est désormais un super gestionnaire de systèmes embarqués. Il reste quelques séquences où leur dextérité est mise à l’épreuve comme par exemple les séances de ravitaillement en vol qui sont toujours des moments sensibles qui conditionnent le succès de la mission voire la vie du pilote.

La peur et le danger font partie de la vie des militaires en particulier des pilotes de chasse qui sont particulièrement exposés au feu de l’ennemi lors des combats aériens et menacés par les tirs de missiles depuis le sol. Une spécificité des navigants par rapport aux fantassins est qu’ils ne voient pas directement l’horreur des conséquences mortelles de leurs tirs. Le sang, les corps déchiquetés, la poussière des bâtiments détruits lors des bombardements échappent à la vue directe des pilotes. L’essai est sous-titré Le spleen de l’homme machine. Les auteurs tentent d’analyser pourquoi les pilotes sont sujets à ce spleen. Ils sont amenés à voler de moins en moins, l’essentiel de la formation et de l’apprentissage est simulé. Les missions opérationnelles sont rares. Dès lors, certains sont reconvertis (on pourrait presque écrire de force) comme pilotes de drones. Cela signifie qu’ils ne volent plus, ils n’ont plus la montée d’adrénaline associée au décollage et aux sensations physiques fortes liées à la mission. Ils sont souvent loin du terrain hostile et s’appuient sur une technologie toujours plus perfectionnée pour exécuter leur tâche. Piloter un drone est-il comparable à piloter un chasseur ? Evidemment non, et pourtant, les pilotes de chasse doivent suivre les directives de l’institution. Ce ne sont pas les mêmes compétences qui s’expriment, la griserie n’est plus pareillement au rendez-vous. La comparaison est faite avec les jeux vidéo et l’environnement virtuel. La déréalisation guette, bien que la mort soit toujours au bout de l’arme. L’objectif reste guerrier : dominer l’adversaire, gagner du terrain, conquérir des bastions. Le métier change, les méthodes se perfectionnent et évoluent, les pilotes de drone ne mettent plus en jeu leur propre vie. On ne demande plus au pilote de vibrer avec son avion, de le dompter aux limites du domaine de vol. Ainsi par exemple les cibles sont repérés et suivies par les différents radars et non plus par l’œil du pilote. Dès lors ces « pilotes » s’interrogent sur leur engagement et leur vocation détournée par l’armée au profit de nouvelles missions, moins couteuses et plus efficaces.

Cette enquête d’un haut niveau reste accessible et je conseille à qui voudrait s’engager en vue de devenir pilote de chasse de la lire attentivement afin de bien mesurer les évolutions en cours et les perspectives futures que les auteurs parviennent à cerner avec pertinence. Peut-être le vivier des futurs pilotes de drones devra-t-il toucher des profils et des personnalités différents des traditionnels pilotes de chasse.

Voilà je vous ai parlé du Dans la peau d’un pilote de chasse de Gérard Dubey et Caroline Moricot paru aux éditions PUF.

Autre métier militaire en chanson par Gainsbourg

Alpha Jet de la patrouille de France, Airbus A400M
Alpha Jet de la patrouille de France, Airbus A400M
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