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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Livre pour adultes

Rentrée littéraire : dernier roman de Benoit Duteurtre

Rentrée littéraire : dernier roman de Benoit Duteurtre

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au nouveau roman de Benoit Duteurtre intitulé Livre pour adultes. Le titre est trompeur, rien de polisson ou de coquin dans cet ouvrage. Les libertins seront déçus. Ce texte romanesque est un peu foutraque, il s’agit d’un patchwork dont la structure et le fil rouge ne sont pas toujours évidents à déceler. La part autobiographique est importante. Benoit Duteurtre est notamment l’auteur de Gaité parisienne. En plus d’être écrivain il est passionné de musique et anime une émission de radio spécialisée autour d’un genre oublié et parfois dénigré : l’opérette. Il est homosexuel et manifeste souvent un goût prononcé pour ce qui est désuet, éloigné de la mode.

Le fait déclencheur de l’écriture de ce Livre pour adultes est la maladie et la déchéance de sa mère. Elle est la petite-fille de René Coty qui fût président de la république française ; elle a grandi en Normandie. Ses années d’enfance sont désormais loin derrière elle, la démence s’empare de cette femme entrée dans le troisième âge. Elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, même si le nom n’est pas prononcé. L’auteur écrit : « Ma mère, elle, n’est pas heureuse. Elle subit, à mon avis, l’une des pires formes de cette maladie. Les premiers temps, nous avons traversé, avec mes frères et sœurs, une période encore légère où elle faisait n’importe quoi et s’amusait de tout. Ses rires, ses confusions libéraient une fantaisie jusqu’alors très contrôlée. (…). Lorsqu’elle épluchait une salade, elle jetait à la poubelle chaque feuille qu’elle venait de laver, d’un même geste méthodique. » Le portrait de la mère et de sa perte de repères est émouvante. Duteurtre qui a encore l’allure d’un jeune homme est un quinquagénaire sans enfant qui vit avec Victor son compagnon, plus jeune que lui. Benoit semble aussi avoir une tendre attirance pour les vieilles personnes indignes. Il rend ainsi visite à la veuve de Darius Milhaud et décrit la scène : « Elle venait tout juste d’avoir cent ans et demeurait ici depuis 1925, au premier étage. Après avoir gravi quelques marches, je sonnais. Un pas s’approchait, puis la porte s’ouvrait sur un sombre vestibule, éclairé tout au fond par la lumière de la rue. Elle se tenait là, devant moi, dans le contre-jour, toute petite, un peu ronde. »

Tout en étant parisien, Duteurtre est fort attaché aux Vosges où sa famille avait l’habitude de passer des vacances. Cela lui donne l’occasion de faire valoir son goût du passé et d’une nostalgie tenace. Lors de l’un de ses séjours il constate : « Lorsque je venais pour les grandes vacances on achetait encore à la ferme une bonne partie des aliments : lait, œufs, volailles, lapin, cochon, fromage, salades ; mais je n’ai pas el souvenir d’une seule intoxication alimentaire. (…). Inversement, les scandales d’hygiène alimentaire, qui prennent aujourd’hui l’ampleur de séismes planétaires, sont tous issus d’une agriculture industrielle rigoureusement normée, où le moindre dysfonctionnement se transforme en catastrophe. » Il précise ce qu’il apprécie et recherche dans son isolement vosgien : « j’aime le matin paisible, quand la neige tombe par la fenêtre et que j’aperçois les traces d’un chevreuil ; j’aime le feu qui brûle dans la cheminée, avec son parfum de résine et ses flammèches dansantes ; j’aime me glisser entre les draps pour lire La Muse du département de Balzac et ses descriptions animées par le même besoin de sourire de tout. » Duteurtre revient également chaque été en Normandie où il a passé son enfance. Voilà pour la part autobiographique.

Le lecteur suit également les pas du couple formé par Daisy, journaliste et son partenaire. Elle va notamment contribuer à un reportage insolite en forme de mystification à propos de tribus sauvages qui auraient été découvertes à l’écart de tout contact avec la civilisation moderne. Une réflexion sur les ravages du développement industriel incontrôlé. Ce roman est une ode au monde de l'enfance qui disparait au moment de la mort des êtres chers.

Voilà, je vous ai donc parlé de Livre pour adultes de Benoit Duteurtre paru aux éditions Gallimard.

Pour la rencontre avec la veuve du compositeur Darius Milhaud

Les vosges : lieu de la résidence secondaire de l'auteur

Entretien de l'auteur

Un peu d'opérette

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