Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Briser la glace

Dernier récit de voyage de Julien Blanc-Gras

Dernier récit de voyage de Julien Blanc-Gras

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier récit de Julien Blanc-Gras intitulé Briser la glace. Avec ce nouvel opus il retrouve les récits de voyage décalés dont il est expert. Avec son ton si reconnaissable, à la fois drôle et sarcastique, enjoué, lucide et donc pessimiste. A travers ses voyages il arpente la planète et met en exergue sa destruction programmée. Les titres de ses précédents récits de même veine qu’il faut lire sont les suivants : Gringoland, Touriste, Paradis (avant liquidation). Ce dernier relatait l’avenir sombre des iles Kiribati probables victimes du réchauffement climatique et de la montée du niveau des mers. Cette fois direction le nord, là où les effets de l’augmentation de la température sont déjà visibles. Il faut aussi mentionner dans la bibliographie de Julien Blanc-Gras l’hilarant In utero, journal de grossesse d’un jeune futur père.

Briser la glace met donc le cap au nord à l’extrême nord. C’est au Groenland, dépendance du Danemark, que Julien nous convie. C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai embarqué pour ce nouveau périple à la rencontre des plantigrades, des icebergs et autres descendants de vikings. L’auteur prend place à bord de l’Atka, un bateau qui va caboter près des côtes pendant quelques jours. Cette expédition arctique estivale lui permet de découvrir cette contrée septentrionale. Ils sont quatre à bord : le capitaine, le second, Julien et celui qu’il nomme le Peintre. Sa narration est chronologique, de l’atterrissage sur l’aéroport local jusqu’à l’attente de l’avion pour rentrer chez lui, les yeux pleins d’images et de paysages somptueux. Mais aussi de rencontres humaines, même si la population de cet environnement plutôt inhospitalier est peu nombreuse. Ce qui ne l’empêche pas d’être chaleureuse et amicale.

Julien Blanc-Gras a le sens de la formule et des phrases ironiques ; des extraits de sa prose sont les meilleurs incitateurs à le lire. Ainsi, il affirme que « la beauté est une drogue. On ne voit pas la dépendance s’installer. C’est quand elle perd en intensité que le manque se fait sentir. Le chasseur d’émotions a besoin de sa dose, d’un rush toujours plus puissant pour rester sur l’équilibre fragile de la joie qu’il a fini par dénicher. Il part, un degré plus loin, un mille plus au nord, à l’affût d’une nouvelle raison de s’extasier. La course à la beauté est perdue d’avance, il faut jouir de sa saveur durant la fuite ». On reconnaît là le possible portrait des voyageurs avides de tout voir, surtout ce qui est prescrit par autrui et que les guides catégorisent comme beau ou à voir absolument.

Le narrateur est une sorte de philosophe de pacotille qui trouve souvent la façon idoine pour pointer les ignominies humaines que le tourisme de masse peut incarner. Il dit ainsi « ici comme ailleurs, la tentation est grande d’opposer le grandiose de la nature, même si elle est cruelle, à la bassesse dont les humains sont capables. Je ne cède pas à cette tentation, je préfère garder un peu de confiance en l’humanité, égoïstement, parce que j’en fais partie. Tout bien pesé, c’est plutôt une chance d’être un humain, en dépit de ce que nous inflige la conscience de notre condition ». A méditer. Ailleurs il écrit : « voyager c’est une quête d’intensité. Refuser de se soumettre à l’ennui. S’autoriser à devenir une nouvelle personne à chaque étape. Les couches de vécu accumulées favorisent l’acquisition permanente de nouvelles compétences. » Beau programme que tout voyageur digne de ce nom devrait tenter d’atteindre. Une fois de plus l’auteur séduit par son naturel, son style simple et drôle. Il allie avec talent détails saisis sur le vif, mise en exergue des contradictions humaines et réflexion pessimiste sur le devenir de la planète toujours malmenée par l’humanité conquérante. Une vraie réussite, un régal de lecture. Et un bilan carbone acceptable !

Voilà, je vous ai donc parlé de Briser la glace de Julien Blanc-Gras paru aux éditions Paulsen.

Portrait de l'auteur extrait de 28 minutes sur Arte

Quelque part au Groenland

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article