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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Les passants de Lisbonne

Le dernier roman de Philippe Besson paru avant l'été

Le dernier roman de Philippe Besson paru avant l'été

Une ambiance sonore qui colle à ce roman nostalgique

Aujourd’hui je vais vous parler du nouveau roman de Philippe Besson. Il est de retour avec son seizième roman intitulé Les passants de Lisbonne. Le format est habituel : deux cents pages d’une écriture simple et efficace. L’histoire de la rencontre de deux solitudes qui vont tisser un lien singulier sous le spectre de disparus qui sont comme des fantômes omniprésents.

Le roman se déroule donc à Lisbonne, principalement dans un hôtel où vont se croiser Mathieu et Hélène. La rencontre a lieu au bar puis dans les jardins de l’hôtel. Entre eux, il n’y aura rien de charnel, ils n’ont pas le même âge et surtout ce n’est pas ce qu’ils recherchent, ce dont ils ont besoin. Deux français donc qui sont seuls dans la capitale lusitanienne. Alors qu’a priori rien ne devrait les inciter à se parler, ils vont s’aborder, se confier et peu à peu partager l’intimité de l’autre. Sans le savoir initialement un point commun les lie. Le lecteur apprend très vite que les deux protagonistes ont récemment perdu un être cher.

Vincent, le mari d’Hélène a disparu à San Francisco quelques mois auparavant lors d’un terrible tremblement de terre qui a fait énormément de victimes. Sa femme n’a longtemps pas cru à sa mort, elle a attendu son retour. Son corps n’a jamais été retrouvé, plusieurs semaines après le drame un simple papier officiel le déclare décédé sans qu’aucun corps ne soit rendu à sa veuve qui ne parvient pas à accepter cette absence. Elle est déboussolée, perdue, en errance. Elle se réfugie à Lisbonne. Ville de la mélancolie et de la nostalgie, patrie de la saudade. Lieu propice à accueillir l’état d’âme d’Hélène.

L’autre disparu c’est Diego, il a quitté Mathieu sans préavis. Simplement, un jour ce dernier en arrivant dans la capitale lisboète a trouvé sur la table de la cuisine une lettre de rupture, sans explication. Mathieu l’avait rencontré lorsqu’il enseignait à Lisbonne. Au moment de rentrer en France son amant lui avait demandé de rester. Il était revenu et ils avaient été ensemble jusqu’à ce funeste jour. Depuis, il n’a jamais revu Diego, il n’a eu aucun contact avec lui, et ses errances charnelles ne parviennent pas à lui faire oublier l’être aimé. Voici un extrait pour vous dévoiler son état d’esprit sentimental tel que le narrateur le rapporte. « La seule chose qu’il redoute en vérité c’est l’attachement. Les garçons au moins ne s’éprennent jamais, ils n’ont pas de sentiment, n’attendent rien, ils sont délicieusement infidèles. Les filles, quelquefois, restent là, la tête posée sur son torse, caressant son ventre, ça l’effraie. Lui dans ces cas-là, retire la main de la rondeur de l’épaule, tente de se désencastrer, file sous la douche, elles comprennent. Néanmoins, il pourrait dire la couleur des yeux des filles. A propos des garçons, il n’a pas ce genre de souvenir.» A l’instar d’Hélène, Mathieu ne parvient pas à passer outre son affliction, à se projeter dans un avenir reconstruit loin des fantômes errants.

Tout le roman empreint de nostalgie, de chagrin et de tristesse tourne autour de l’interrogation implicite d’Hélène et de Mathieu sur la souffrance provoquée par la disparition d’un être cher. Ils évitent d’être en compétition pour savoir qui souffre le plus. Ils se racontent l’un à l’autre et parviennent dans cette relation douce qui s’élabore entre eux à dire l’indicible, à utiliser des mots pour tenter d’adoucir leurs maux. Au-delà du deuil impossible, comment guérir d’un amour absolu qui a été brutalement interrompu sans raison objective ? Peu à peu, déambulant dans les rues ensoleillées, s’attardant dans un cimetière ombragé, ils vont accepter, surtout Hélène, la possibilité d’un avenir et d’un futur sans le disparu. Enfin je vous propose un bref extrait faisant état de leur réflexion. « On ne trahit pas les disparus. Ce sont eux qui nous trahissent. Parce qu’ils ont fait défaut, parce qu’ils sont partis, alors qu’on avait besoin d’eux, parce qu’ils ont filé sans préavis, parce qu’ils nous laissent avec le manque et aucune solution pour y remédier. Et quand ils ont lâché notre main, qui nous en voudrait d’en saisir une autre ? »

Je ne dévoilerai pas la fin du roman, il faut laisser le plaisir au lecteur de la découvrir. Encore une fois, Philippe Besson trouve le ton juste, nul doute que ce roman comme les précédents trouvera son public et assurera à l’éditeur et à l’auteur un franc succès. Avec une économie de mots et de personnages il réussit à peindre une atmosphère et Lisbonne est sans conteste la ville la plus indiquée pour situer cette histoire.

Voilà, je vous ai donc parlé aujourd’hui des Passants de Lisbonne de Philippe Besson paru chez Julliard.

Sur les rives du Tage ce roman lisboète

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