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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Les deux pigeons

Le dernier roman d'Alexandre Postel

Le dernier roman d'Alexandre Postel

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au nouveau roman d’Alexandre Postel intitulé Les deux pigeons, un des nombreux romans de la rentrée littéraire de cet automne. C’est son troisième opus, beaucoup plus léger que le précédent, L’ascendant, qui était très dérangeant avec en filigrane la relation entre un père meurtrier et son fils. Cette fois, c’est une relation de couple qui est explorée. Le titre est emprunté à une fable de La Fontaine dont un extrait figure en exergue. Nos deux protagonistes, eux aussi, s’aiment d’amour tendre depuis quelques années. Tout l’enjeu est que cet amour dure longtemps.

Dorothée et Théodore, nos deux héros, forment un couple de trentenaires parisiens. Leur quotidien à deux pendant une décennie au début des années 2000 est au cœur de l’histoire. Au fil des chapitres les différentes étapes de la vie de ce couple sont scrutées avec méticulosité. Le romancier inscrit son intrigue dans l’actualité politique contemporaine. Il sera donc question d’écologie (faut-il manger bio pour sauver la planète, comment bien recycler), d’engagement (c’est la période d’Indignez vous de Stéphane Hessel), de chômage et de crise. Peut-être même de couple en crise…

Dorothée est originaire de Nantes ; elle reste fortement attachée à sa région natale où vivent ses parents. Elle est professeur d’histoire (titulaire du Capès) et tandis qu’elle gère ses classes et corrige ses copies, elle prépare sa thèse qui porte sur Guy Mollet. Ceci lui vaut quelques blagues de son entourage. Théodore, son compagnon travaille dans l’informatique et le management de sites web. Il est un peu instable professionnellement et s’appuie sur la sécurité de l’emploi de sa dulcinée pour faire face au quotidien. Ils emménagent dans un appartement qu’il faut meubler et décorer. La répartition des tâches ménagères semble assez naturelle lors de l’installation. Ils voient leurs amis, sortent, organisent des soirées festives, profitent de Paris et de ses distractions. Le jeune couple va recevoir les parents de Dorothée pour quelques jours. Ils veulent découvrir leur logement et pour l’occasion Théodore et sa conjointe vont devoir cuisiner. Or, ni l’un ni l’autre ne sont des cordons bleus. D’abord, il faut donc réfléchir au menu, décider, faire les courses et suivre à la lettre la recette. Ils sont modernes alors ils vont chercher sur internet l’inspiration. Comme on va le constater avec cet extrait il n’est pas sûr que cela facilite la tâche. « Il y avait même à Strasbourg une jeune femme qui savait faire le mille feuille au melon, le poulet en pâte à pain, les bouchées de poisson à la thaïlandaise, les rillettes de poireau au crabe, le pesto de pistache, les cannellonis aux sardines, le Smorrebrod aux asperges vertes, les paupiettes d’aubergine, le risotto au potimarron, les frites de panais, les gnocchis de patate douce, le tajine de cailles aux mirabelles, le tartare de bœuf à la coréenne, les raviolis de foie gras, le cheesecake au citron, le cheesecake zébré, le cheesecake décadent. » Cette liste (non exhaustive) est drôle et donne le ton de certains passages.

Au fil des mois de vie commune, la sérénité a tendance à s’étioler. Comme la fréquence de leurs rapports intimes. Cela donne parfois lieu à des introspections drôles, par exemple quand il s’agit de comparer leur activité sexuelle à ce que disent les statistiques de la copulation des couples. Ne pas être conforme à la moyenne les rend-il hors norme, met-il en cause l’amour qui les unit ? Voici comment le narrateur traite la question : « Un couple qui faisait l’aveu de sa banalité était-il vraiment un couple ? Le sentiment, même illusoire, même dérisoire, d’une certaine grandeur, d’une certaine différence n’était-il pas indispensable à la vie commune ? Cette grandeur, Adèle et Alexis affirmaient la trouver dans la reproduction ; fallait-il devenir trois pour se sentir pleinement deux ? » Leurs amis ont choisi l’option de la parentalité. Ils sont de la même génération, et les uns après les autres ils deviennent parents. Pas eux. Pourquoi ? Pas simple à dire, mais à force de se poser la question, une sorte d’inachèvement du couple se fait jour. Alors l’un comme l’autre se dévalorisent. Ainsi Dorothée dont la thèse n’avance pas se juge durement : « Mais il n’en sortirait rien parce qu’elle était une tâcheronne, une incapable ; incapable de concevoir une histoire, de réussir un osso-buco, de vouloir un enfant. Et elle pleura, calme, silencieuse, résignée, comme pleurent les êtres convaincus de leur imperfection. » Sombre constat.

Ce roman contemporain sous ses aspects légers et superficiels se révèle assez profond. Il se lit avec plaisir et cela peut être un ludique complément aux essais sociologiques notamment de François de Singly et Jean-Claude Kaufmann sur le couple et ses affres.

Voilà, je vous ai donc parlé des Deux pigeons d’Alexandre Postel paru aux éditions Gallimard.

Une image du couple en version rap

A la limite d'un quartier bobo, nos protagonistes sont plus dans le sud de la capitale

Pour un approfondissement sociologique du thème conjugal
Pour un approfondissement sociologique du thème conjugal
Pour un approfondissement sociologique du thème conjugal

Pour un approfondissement sociologique du thème conjugal

Une approche sociologique du couple

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