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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La renverse

Roman d'Olivier Adam

Roman d'Olivier Adam

Reprise d'une chanson de Barbara dans un disque intitulé La renverse

Aujourd’hui je vais vous parler du dernier roman d’Olivier Adam La renverse. C’est le douzième livre de cet auteur quadragénaire. Il a un physique imposant, une barbe blonde de quelques jours et des cheveux en bataille, les yeux bleu-vert. Son allure et sa dégaine son souvent en cohérence avec les histoires qu’il raconte. Ses romans sont ancrés dans le contemporain, sans être des romans à thèse force est de constater qu’il aime explorer certaines marges et des faits qui bousculent le lecteur. Sa réalité est souvent provinciale et petite bourgeoise ou alors implantée dans les banlieues. Paris et ses mondanités l’inspirent peu. Parmi ses précédents ouvrages je citerai Je vais bien ne t’en fais pas (qui avait été porté à l’écran avec succès) Falaises, et Les lisières.

En préambule au roman il donne la définition de la renverse : « période de durée variable séparant deux phases de marée durant laquelle le courant devient nul ». Cette métaphore va ici correspondre aux années durant lesquelles est mise en sommeil une histoire abjecte qui touche le protagoniste. Le narrateur c’est Antoine un homme détruit par des événements familiaux à retentissement médiatique et qui alors qu’il s’est éloigné, a fui et a rompu tout contact avec ses parents va être rattrapé par le passé et va devoir y faire face, l’affronter. Voici un extrait du début du roman où Antoine est avec son amie Chloé quelque part en Bretagne. « Nous lisions côte à côte, fermions les yeux en tirant sur nos joints, bercés par la musique. Baisions dans la nuit saturée de vent, gonflée de ressac. Nous parlions peu en définitive. J’aimais bien sa présence. Elle s’accommodait de mon absence. (…). Je suis descendu dans la cuisine. Me suis servi un whisky. Et j’ai allumé l’ordinateur. Sur la toile s’affichaient en nuée des dizaines de reprise de la même annonce, à peine remodelée sur certains sites. Il s’agissait d’une dépêche émanant de l’Agence France Presse. Jean-François Laborde était mort la nuit précédente, sur une nationale où il roulait trop vite, à moins qu’il se soit endormi au volant, les circonstances n’étaient pas clairement établies ». Cette information va plonger Antoine dix ans en arrière lorsqu’un scandale le toucha indirectement. Ce Laborde est un homme politique qui a eu le vent en poupe avant d’être l’objet d’une affaire qui a mis un frein immédiat à sa carrière ministérielle. C’est l’archétype du personnage sûr de lui, hautain, arrogant, bref détestable. La mère d’Antoine était sa collaboratrice quand il était maire de la ville de M dans la très grande banlieue ouest de la capitale. La mère d’Antoine était aussi vraisemblablement la maitresse de Laborde. Un soir, une partie fine tourne mal, une plainte est déposée par deux jeunes femmes qui ont été abusées et violées. Après sa démission contrainte, Laborde organise sa défense. Il est dominant et du côté du pouvoir il parviendra donc sans trop de mal à faire déconsidérer les plaignantes et à obtenir un non lieu. Sa collaboratrice est également impliquée ; elle participait aux agapes sexuelles. Les descriptions très crues dans le roman sont parfois à la limite du soutenable, le lecteur est mal à l’aise.

Le roman s’attache à mettre en lumière les conséquences de ce fait divers sur les familles impliquées. Le père d’Antoine, cocu ridicule, fait tout pour nier la réalité et soutenir son épouse infidèle. Au point de ne jamais sentir la douleur de ses fils, Antoine et Camille. Les médias nationaux relatent les faits, c’est la honte. Une souillure se répand sur les adolescents, victimes de moqueries et d’insultes. Camille prend conscience de la culpabilité de sa mère tandis qu’Antoine est plus dans le déni. Lors d’une scène hallucinante le cadet dit à ses parents qu’il part chez son oncle pour ne plus jamais revenir. Quant à Laetitia, la fille de Laborde, elle déteste son père. En compagnie d’Antoine elle fuguera. Au plus profond de lui Antoine se dit : « En dépit de tout ce que je pouvais prétendre, être le fils de ma mère était un calvaire. Etre insulté ou pris en pitié était un calvaire ».

Olivier Adam est un orfèvre pour décrire les ambiances pesantes dans les deux maisons. Il ne juge pas, ne fait pas de psychologie. Il expose de façon clinique les dégâts de toute nature produits par ces viols. En avertissement au roman il est indiqué que c’est une fiction, donc ce n’est ni George Tron, ni Dominique Strauss-Kahn, ni Denis Beaupin qu’il faut voir à travers le personnage de Laborde.

Voilà, je vous ai donc parlé de La renverse d’Olivier Adam paru chez Flammarion.

Un texte profond de Barbara, plombé comme l'atmosphère du roman

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