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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

L'innocent

Rentrée littéraire : le nouveau roman autobiographique de Christophe Donner

Rentrée littéraire : le nouveau roman autobiographique de Christophe Donner

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au nouveau roman de Christophe Donner intitulé L’innocent. C’est un roman autobiographique où l’auteur se met en scène dans la période correspondant à son adolescence. Il est né en 1956, on le connaît notamment pour ses précédents romans familiaux (un de ses oncles était un célèbre arbitre international dans les années 90) et sa passion pour les chevaux elle aussi relatée dans son œuvre littéraire. Cela faisait plusieurs années que je ne le lisais plus. Et puis son dernier opus m’a tenté. Je vous le présente maintenant.

De 1965 à 1970 ce sont cinq années de la vie de ce gamin parisien précoce même pas encore adolescent, espiègle et attachant qui défilent dans ces pages légères et graves. L’époque est donc celle qui entoure mai 1968 caractérisée par ses élans de liberté et de rébellion à l’autorité. Le communisme est alors triomphant dans la sphère intellectuelle parisienne et la psychanalyse fait partie du paysage quotidien. La mère de Christophe exerce cette profession, d’une façon certes parfois peu orthodoxe puisque nombre de ses patients deviennent aussi ses amants. D’ailleurs, pour la fête célébrant ses 50 ans elle organise une soirée avec toute cette brochette d’ex.

Tout au fil des pages l’auteur alterne style direct et indirect. C’est donc parfois je et parfois il (Christophe, son héros éponyme) dans sa narration qui suit la chronologie. Ce passage d’un style à l’autre est fluide, cela ne perturbe pas la lecture. Le pré adolescent découvre son corps et les joies que celui-ci peut lui procurer. On pourrait le qualifier de masturbateur ou de branleur. Le plaisir solitaire occupe de pleines pages, l’onanisme apparaît comme une pratique pluri quotidienne pour Christophe. Voici un court extrait qui relate sa première jouissance : « Le liquide a refroidi dans la main de Christophe, il l’approche de son visage pour le voir de plus près, le sentir, il plisse les yeux, surpris, se risque prudemment à goûter. Ca le fait tousser, il n’insiste pas, et cherche autour de lui un moyen, un endroit pour s’essuyer. Il prend le coin du drap. Il se couche et lâche un profond soupir. » Christophe est beau, il aime être admiré et n’hésite pas à poser pour des photographies, y compris intégralement nu. Autre époque, autres mœurs, cette liberté du rapport à la nudité avec un enfant rappelle ce que Simon Liberati a écrit sur l’enfance d’Eva sa femme qui a longtemps été exposée à l’objectif photographique de sa mère.

Christophe est un cœur d’artichaut qui tombe vite et souvent amoureux. De filles, c’est classique : elles sont parfois plus âgées que lui, on pense au personnage de Lilas. Et aussi des garçons qui sont plus ou moins sensibles à ses demandes de baisers et ses propositions de branlettes partagées. Les hommes mûrs eux l’attirent peu. Faire l’amour, être dépucelé est longtemps son obsession, un leitmotiv récurrent. Il a cru ce qu’un ami lui a confié, la nécessité de rompre le frein de sa verge (ce petit bout de peau sur le prépuce) pour ne plus être vierge. Alors, lorsqu’enfin il couche, malgré l’éjaculation il se croit toujours puceau. Il sera détrompé à son grand soulagement ; le sang n’a pas besoin de couler pour les garçons.

Ce roman c’est l’éducation sentimentalo-sexuelle d’un jeune homme rebelle du début des années 70. Il est politisé, intelligent et cultivé. Il se veut libre, quand il décide quelque chose il se fait fort de l’obtenir. Ses relations familiales sont souvent houleuses mais il se trouve des substituts. Par exemple auprès des parents de ses copains Paul et Raphaël qui l’accueillent pour six mois à Tunis. Il a son studio autonome attenant à l’appartement de son père dans lequel il est libre d’organiser sa vie. Ce dernier attache de l’importance aux études (le baccalauréat) quand Christophe veut faire du théâtre, intégrer le Conservatoire cela donne lieu à un conflit exacerbé et le gosse têtu décide de voguer seul loin de son paternel.

Malgré l’impression de cette chronique, il ne s’agit pas d’un roman obscène ou outrageusement sexuel. Simplement, en toute innocence, l’auteur témoigne de cette préoccupation universelle avec légèreté et sensibilité. Récemment, Arthur Dreyfus, qui est beaucoup plus jeune, avec son roman également autobiographique Ma vie sexuelle s’est lui aussi lancé dans l’introspection et le souvenir des émois sexuels d’un adolescent prébubère.

Voilà, je vous ai donc parlé aujourd’hui de L’innocent de Christophe Donner paru aux éditions Grasset.

Une possible bande son qui incarne l'époque du roman de Christophe Donner

Entre Paris, la côte d'Azur et Tunis l'action de ce roman générationnel

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