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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

L'ascendant

Un roman éprouvant d'Alexandre Postel

Un roman éprouvant d'Alexandre Postel

L’ascendant est un bref roman de cent vingt pages d’Alexandre Postel, son second roman. Avec son premier titre, Un homme effacé, il avait obtenu le Goncourt du premier roman. Il réussit le difficile passage au deuxième texte. Autant le dire d’emblée, L’ascendant dérange, le lecteur est troublé, hésitant entre empathie et révolte. C’est un texte ciselé, contondant, acéré, vif. Un récit quasi clinique, et le terme n’est pas choisi au hasard. Le narrateur fait le récit de cinq jours d’un début du mois de mai qui ont bouleversé sa vie. Il s’exprime face à un psychiatre quelques mois après.

Voici quelques lignes des premières pages, avant les sombres découvertes. « Vous autres gens méthodiques, il vous faut toujours un début. (…). Seulement c’est toujours un début différent qui me vient en mémoire. Le jour où j’ai décidé de ne plus vivre chez mon père. Le jour où j’ai fait la connaissance de Marion. Le jour où je n’ai pas dit quelque chose que j’aurais dû dire. Aujourd’hui c’est du 30 avril dernier que je me souviens. C’était un jeudi et je travaillais : les bras croisés, assis sur un tabouret surélevé, j’attendais qu’un client pousse la porte de PHONE SWEET PHONE. Franck me parlait de ses projets pour le week-end du 1er mai. (…). Mon téléphone a sonné un peu avant midi et j’ai dû sortir pour répondre parce qu’à l’intérieur les communications passaient mal. (…). Et c’est sur le trottoir du boulevard que j’ai appris la nouvelle. Votre papa avait rendez-vous à la banque, m’a expliqué le médecin après s’être présenté. »

Chacun aura compris que le narrateur vient d’apprendre le décès de son père. Cela l’affecte moins que son patron Franck ou d’autres personnes qu’il croisera durant ces cinq jours. Il répond à ses obligations filiales et rejoint en train le domicile paternel où il va s’installer le temps de tout régler. Il faut reconnaître le corps, organiser les obsèques, accomplir les multiples formalités administratives. La maison sera le lieu de révélations insoupçonnées, qui vont déstabiliser le jeune homme et lui faire perdre ses repères. Le roman n’est pas vraiment sur la relation père/fils qui paraît assez anodine voire inexistante. En revanche, c’est sur les secrets du père dont le fils ne sait finalement rien et surtout pas l’essentiel.

Je ne vais pas tout dévoiler, cependant il faut en dire un peu plus sinon la chronique pourrait s’arrêter là ! Dans un premier temps, en descendant dans la cave de la maison il va trouver une jeune femme mutique enfermée dans un cage métallique. Cauchemar ou réalité ? Qui est fou, le père avec les actes terribles qu’il a probablement commis ou le fils qui, confronté à ces découvertes, reste figé, incapable de prévenir la police et s’enfonçant chaque jour davantage dans des méandres noirs dont il ne pourra revenir sans dégâts irrémédiables ? Il y aura l’épisode où Marion, la femme mariée dont il est présentement épris, vient le rejoindre en Province pour l’épauler. Il la rejette, se dispute avec elle sur le pas de la maison. Cette femme se vengera, des témoins ont assisté à l’algarade. La police finira par venir.

Le lecteur a dû mal à éprouver de l’empathie pour le protagoniste. En effet, chaque jour il procrastine et de nouveaux événements surviennent hypothéquant toute issue positive pour lui. Comment accepter de se dire qu’on est le descendant de celui qui a été capable de commettre des actes que l’on qualifiera pudiquement d’abjects ? Mais en même temps, comment renier et rejeter celui dont le narrateur est le fruit ? Autant de questions insolubles. D’où le naufrage vers un mensonge qui ne peut que conduire à l’isolement, au déni et à la catastrophe.

Pour conclure découvrons le dernier paragraphe du roman. « La nuit dernière, au bord du sommeil, j’ai pensé qu’il était peut-être là, le début, ou plutôt qu’il n’y a pas de début parce que je n’ai jamais fait que répéter le même choix, vivre et revivre la même situation, le même instant où je découvre que mon père n’est pas bon mais que je veux pourtant rester son enfant ».

Voilà, je vous ai parlé de L’ascendant d’Alexandre Postel paru chez Gallimard.

Puisqu'il s'agit d'un roman sur le père

Un contrepoint, le fils

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