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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Histoire de la violence

Le deuxième roman d'Edouard Louis, auteur phare de la rentrée littéraire 2014

Le deuxième roman d'Edouard Louis, auteur phare de la rentrée littéraire 2014

Aujourd’hui je vais vous parler du deuxième roman d’Edouard Louis. Mais auparavant, retour en arrière. Cet auteur de vingt trois ans a publié en 2014 En finir avec Eddy Bellegueule qui a été un phénomène de librairie avec plus de 300000 exemplaires vendus ce qui est exceptionnel pour un premier roman. De nombreuses traductions ont paru à l’étranger. Il faut dire que ce livre était un véritable choc littéraire. Edouard est aujourd’hui un jeune homme propre sur lui, grand échalas blond à la voix douce et à l’allure frêle, sensible et fragile. L’histoire du roman est largement autobiographique. C’est celle du protagoniste éponyme du titre qui a grandi dans un milieu ouvrier et très défavorisé socialement et culturellement de Picardie. Tôt l’enfant se révèle efféminé ce qui n’est pas acceptable pour sa famille. Les tentatives de virilisation, l’identification au frère sont détaillées. L’enfant n’est pas heureux, il aspire à partir, à fuir son environnement. Ce sera le cas à l’adolescence qui signera une sorte de libération intime. Il raconte son parcours avec l’exil de son village natal, son arrivée dans une préfecture du Nord de la France pour intégrer une classe théâtrale avant de migrer enfin vers la capitale et d’aspirer à un certain embourgeoisement. Edouard Louis est aujourd’hui élève à Normale Sup et étudiant en sociologie. Bourdieu est sa référence majeure, la thématique de la domination transpire dans toute son œuvre littéraire. Dans ce premier texte le travail sur la langue avec différents registres est formidable, un vrai coup de poing. Une réelle force du langage qui mieux que tout dit la réalité de ce lupen-prolétariat, sorte d’infra monde souvent inconnu des lecteurs de romans. La honte est un sentiment ancré en lui, qu’il dépeint talentueusement. Ses identifications et références le portent vers Annie Ernaux et Didier Eribon.

Son nouveau roman s’intitule Histoire de la violence. Ce titre fait écho à Michel Foucault. Il est encore autobiographique et se déroule chronologiquement après l’écriture d’En finir avec Eddy Bellegueule mais avant sa parution. Cela commence une nuit de Noël, à Paris. Edouard rentre de la soirée passée avec ses deux amis les plus proches, Didier et Geoffroy. Il est place de la République, il a posé sa bicyclette, un trentenaire l’aborde et engage la conversation avec lui. En quelques minutes, malgré des réticences réelles, l’appel du désir semble prendre le dessus et Edouard invite Reda à monter chez lui. Comme le prénom l’indique il est d’origine étrangère : kabyle. Après quelques heures pendant lesquelles, entre deux discussions, ils font l’amour et deviennent amants tout dégénère. Edouard comprend que Reda l’a volé pendant qu’il se douchait, il a subtilisé son portable et sa tablette. Il est prêt à lui pardonner sous réserve de récupérer son bien, mais Reda sort une arme, menace son hôte, puis le viole. Fin de l’histoire. Début du roman. Les narrateurs, Edouard soi-même et sa sœur Clara à qui il a raconté ce calvaire qu’elle relate elle-même à son mari, vont s’attarder sur la suite et tenter de comprendre cette violence. Surtout Edouard veut éviter tout racisme possible, il serait tellement simple d’écrire que Reda l’arabe, première contre-vérité, a tout manigancé et a mis en place un stratagème de drague pour dépouiller sa victime. L’auteur est dans une démarche compréhensive, il n’hésite pas à révéler comment lui-même plus jeune a volé. Quelques éléments sur les origines de Reda, l’histoire migratoire de son père viennent étayer le propos.

Edouard Louis ne cache rien de ses sentiments vis-à-vis de son bourreau d’une nuit. D’ailleurs, on découvre les contradictions qui l’habitent. Porter plainte contre celui qui a voulu le tuer ou abandonner pour éviter de risquer de le conduire en prison et ajouter au stigmate dont Reda est sans doute victime. Cruel dilemme dont seuls ses amis proches semblent parvenir à le convaincre de la nécessité d’aller au bout de la démarche. Narration clinique des différentes étapes : le commissariat, le dépôt de plainte, l’hôpital pour l’obtention d’un traitement préventif de trithérapie contre le sida et l’hôpital encore pour corroborer la plainte et acter la réalité du viol.

Edouard Louis avec ce nouvel opus confirme son talent d’écrivain. Pour ma part ce livre m’a paru moins percutant que le précédent. Néanmoins, force est de constater qu’il parvient une fois encore à travers un roman à porter un regard sociologique, beaucoup plus que psychologique, sur l’histoire racontée. Il écrit juste, la langue choisie est en osmose avec les personnages. Son procédé littéraire choral à deux voix est intéressant. Une fois encore la honte, celle relative au milieu social d’origine, affleure et est verbalisée avec précision. On attend avec déjà impatience le prochain roman en espérant qu’il saura ne pas rester uniquement dans ce filon autobiographique.

Voilà, je vous ai parlé d’Histoire de la violence d’Edouard Louis paru au Seuil.

L'auteur est originaire du nord de la France

Groupe dont le nom est inspiré du film éponyme de Cyril Collard

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