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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Check-point

Sur les routes de Bosnie pendant la guerre, un roman de Rufin

Sur les routes de Bosnie pendant la guerre, un roman de Rufin

Le genre de musique qui pourrait être écouté à bord du bahut en route pour la zone de guerre

Aujourd’hui je vais évoquer le dernier roman de Jean-Christophe Rufin Check-point. Quelques mots pour commencer sur cet auteur : sa carrière débute comme médecin. Il a été ensuite impliqué dans les mouvements humanitaires français. Quelques années plus tard, il sera ambassadeur de France, notamment au Sénégal. Enfin, depuis les années 90 il est romancier. Abonné aux succès littéraires il a obtenu le prix Goncourt pour Rouge Brésil et est désormais membre de l’Académie Française. Autant dire qu’il possède une notoriété à rendre jaloux. Parmi ses livres récents je citerai Immortelle randonnée, récit atypique de son aventure personnelle et intime sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Le grand Cœur était un superbe roman autour du personnage historique de Jacques Cœur, natif de Bourges. Enfin, Le Collier rouge son précédent roman, histoire d’une légion d’honneur remise à un chien durant la première guerre mondiale m’avait modérément captivé. Après ce succinct aperçu de l’œuvre de Jean-Christophe Rufin, direction la Bosnie pendant la guerre dite de l’Ex-Yougoslavie pour Check-point.

Entre Lyon et Kakanj un convoi de deux camions chargés d’aide humanitaire comprenant des vivres, des médicaments, des vêtements et des couvertures circule. L’association caritative la tête d’or est à l’initiative de ce ravitaillement. A bord, cinq personnages en route pour un huis-clos mobile de quelques jours. Chacun cache ses secrets et dissimule ses mystères. Sont rassemblés une jeune femme, Maud, et quatre hommes plus ou moins fréquentables : Lionel, le responsable de la mission, Vauthier, Alex et Marc. Au fur et à mesure des kilomètres le lecteur découvrira qui ils sont vraiment. Alex et Marc semblent liés d’une indéfectible amitié. Voici les pensées d’Alex au début du périple. « Et puis, il avait fini par voir là-dedans quelque chose d’assez beau, une forme particulière de l’amitié. Il avait confiance, voilà tout. Il connaissait assez Marc pour savoir qu’il faisait toujours ce qui pouvait être le mieux pour eux deux. Et il se jugeait plus encombré d’égoïsme, de lâcheté, de conformisme, que son camarade, si bien qu’il finissait toujours, malgré ses réticences, par se ranger à son opinion ». Le roman est un thriller dont le naufrage sanglant final est pour le moins insoupçonné dans les premières pages.

Sans révéler toute l’intrigue disons que des clans vont se former, chacun ayant ses propres ambitions et une volonté de l’atteindre quel qu’en soit le prix. Les sentiments vont naitre, les complicités et les haines se développer. Alex, ex appelé accomplit cette mission pour rejoindre une jeune fille dont il est tombé amoureux lors de son séjour militaire. De son côté Marc, soldat engagé à l’histoire personnelle complexe a un pacte avec un commandant sur place. Il veut tenir sa promesse de livrer des charges explosives pour saborder un pont. Vauthier quant à lui est-il flic ou barbouze ? Ses contacts nocturnes et sa détermination sont effrayants. Lionel, pour sa part, semble vite dépassé par les événements et sa forte consommation de cannabis n’arrange rien.

Dans les premières pages du roman une référence au titre est explicitée comme nous le constatons avec ces deux phrases : « Les check-points, c’était autre chose : des séparations imprévisibles et mouvantes entre zones ethniques, obéissant à l’autorité de petits chefs locaux. Ceux d’entre eux qui avaient déjà séjourné en Bosnie en parlaient chaque soir ».

Les bons sentiments, la bonne conscience, n’est-ce pas ce qui motive parfois les humanitaires ? La question est légitimement posée par Maud à un moment où elle ne sait pas encore réellement ce que contiennent les véhicules chargés au maximum. Ainsi, « dès son entrée dans l’association, elle avait été frappée par le côté abstrait de l’humanitaire. On discutait géopolitique, situation des forces sur le terrain, enjeux stratégiques mais, finalement, les gens qu’il s’agissait d’aider restaient assez virtuels ». Cruel constat qui oblige les protagonistes a priori les plus purs et idéalistes à s’interroger sur leur engagement profond et viscéral. N’est-ce pas une fuite, un déni de la réalité sociale quotidienne ?

Pendant le convoyage Maud va peu à peu découvrir l’amour et se donner à Marc, alors que l’on comprend que Lionel s’est engagé dans ce trajet à haut risque dans le but unique de conquérir la jeune fille. Maud va pleinement accomplir sa féminité. A présent découvrons trois extraits où les rapports de genre sont mis en exergue. « Elle se dégagea et fit volte-face. C’était toujours pareil avec les mecs. On ne doit pas les croire, même quand ils paraissent sincères. Surtout quand ils paraissent sincères. Maud se sentait trahie. Elle s’en voulait d’avoir baissé la garde. Avec sa gueule d’ange, Alex était comme les autres. (…). Elle qui fuyait le machisme, elle avait l’impression d’être tombée dans le pays du monde où il régnait en maître absolu. Si au moins ses compagnons l’avaient acceptée comme l’un des leurs… au lieu de cela, c’était le vieux jeu de la drague, l’obligation de ménager Lionel qui ne lui pas mais qui ne voulait pas le comprendre. Et qui allait certainement lui faire payer son amour déçu. (…). Leur étreinte désordonnée avait l’allure d’un combat, un combat où il n’y aurait ni vainqueur ni vaincu et dont le but ultime était de ne plus former qu’un seul corps, dressé contre la violence du monde qui l’entourait ».

Dans les dernières pages du roman, avant le dénouement, l’intensité dramatique croit comme en témoignent ces derniers extraits de la prose de Rufin : « Tout était attente et menace. La blancheur inerte du paysage semblait attendre le sang pour s’animer. Deux vies en sursis s’agitaient dans le linceul de la neige et du brouillard. (…). Aucune trêve n’était possible, il fallait qu’il y ait un vainqueur et un vaincu ».

Check-point est complété d’une postface de l’auteur. Ceci est suffisamment rare pour être noté. Dans ces quelques pages Jean-Christophe Rufin explique son choix du cadre du roman en Bosnie et poursuit l’interrogation sur l’action humanitaire, ses enjeux et ses difficultés. Je vous conseille vivement ce thriller psychologique dans le monde surprenant des humanitaires.

Voilà, je vous ai donc parlé de Check-point de Jean-Christophe Rufin paru aux éditions Gallimard.

Départ à Lyon, arrivée à Kakanj près de Sarajevo

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Anonyme 27/12/2016 16:29

Un bon Rufin