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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Anthracite

Premier roman de Cédric Gras dans le Donbass

Premier roman de Cédric Gras dans le Donbass

Une Volga noire : le véhicule de ce road trip au Donbass

Une Volga noire : le véhicule de ce road trip au Donbass

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au premier roman de Cédric Gras intitulé Anthracite. Cet auteur n’est pas un inconnu, il a déjà publié plusieurs récits de voyage qui ont tous pour cadre les contrées septentrionales de Russie. Ils s’intitulent Vladivostok neiges et moussons, Le Nord c’est l’Est (un titre profond et vrai) et Le cœur et les confins. Ces récits autobiographiques témoignent à la fois d’une grande connaissance du monde sibérien et russophone et aussi d’un réel attrait et d’un amour véritable pour ces contrées et ses habitants confrontés aux rudesses du climat extrême. Cédric Gras possède à ce titre des affinités électives avec Sylvain Tesson qu’on imagine être un possible compagnon d’aventure, voire d’écriture. Celle de Cédric Gras est stylée et séduisante.

Cédric Gras a aussi vécu en Ukraine où il a fondé et dirigé l’Alliance française de Donetsk. C’est un expert de la géographie, de la vie culturelle et politique de ce lieu. Son roman est situé au cœur de cette province du Donbass qu’il connaît bien. Dès les premières pages, l’auteur dresse un panorama historique de la situation locale. En effet, il est indispensable de remonter à l’URSS et au communisme triomphant pour comprendre les événements politiques de 2014 au moment de l’insurrection et de la guerre civile. Russie et Ukraine toutes deux issues de l’éclatement de l’URSS sont des pays d’envergure dans la région. Le Donbass, quant à lui, est depuis la découverte de gisements d’anthracite une puissance minière. L’exploitation de l’anthracite permet à la région de développer des richesses et de survivre. La familiarité de Cédric Gras avec cet environnement nourrit les descriptions des paysages et des personnages et permet de vulgariser à bon escient l’imbroglio politique en jeu.

L’intrigue se situe en 2014, après la révolution de Maïdan à Kiev et la crise qui s’en est suivi entre la Russie et l’Ukraine à propos de la Crimée et du Donbass. Le roman est un road trip improbable en temps de guerre civile qui entraine au milieu des combats deux quadragénaires. Le lecteur va les suivre d’une ville à l’autre roulant à bord d’une Volga un peu déglinguée. Cette voiture rustique abrite leur périple improvisé. Le protagoniste est chef d’orchestre, il aura la mauvaise idée de jouer l’hymne ukrainien au mauvais endroit. Artiste avant tout, il n’appréhende pas immédiatement la situation politique conflictuelle entre les deux camps adverses qui se met en place. Il s’appelle Vladlen, son prénom à lui seul dit l’histoire familiale et l’époque de son enfance. C’est en effet la contraction de Vladimir et de Lénine, héritage lourd à porter. Il est marié, a un fils, mais est plus attiré par les jeunes femmes violonistes de l’orchestre que par son épouse légitime, qu’il va finalement se décider à quitter. D’ailleurs, il sera intéressant de voir son comportement quand il comprendra que son fils est enrôlé de force dans l’armée légitimiste. La situation le menace ; l’urgence est de quitter le Donbass. Son partenaire ce sera Emile qui travaille comme cadre dans une mine d’anthracite. C’est vers chez lui que Vladlen s’enfuit sans prévenir et trouve un premier refuge. Ensemble, ils vont prendre la route vers nulle part, sans destination déterminée. Au gré des arrêts ils vont croiser des belligérants et multiplier mensonges et subterfuges pour échapper à ceux qui voudraient les retenir prisonniers.

Nos deux routards se racontent lors de longues conversations. La route est propice aux épanchements. Ils se confient leur vie sentimentale et familiale, plus ou moins dissolue. Leurs conversations mêlent rêve et réalité. Essénia, est la musicienne avec laquelle Vladlen voudrait passer sa vie. Quant à Emile, lorsqu’il apprend que Zlata sa tendre bienaimée pourrait revenir du Portugal où elle est installée il jubile.

Le roman est souvent drôle et cocasse. Avec par exemple ces virées entre potes où des rencontres risquent à chaque instant de tourner au désastre ou au pugilat. Je considère Cédric Gras comme un talentueux écrivain voyageur. Ses récits sont de ceux qui m’ont donné l’envie d’aller vers l’est, de fouler le sol russe. Un récent séjour à Vladivostok, cet extrême russe qui a longtemps été interdit aux occidentaux, m’a confirmé que l’auteur est un formidable guide. A présent il devient un romancier prometteur.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Anthracite de Cédric Gras paru aux éditions Stock.

Photos de Kiev
Photos de Kiev
Photos de Kiev

Photos de Kiev

Brève interview de l'auteur

Province du Donbass, centre de ce road trip insolite

Quelques aperçus de Vladivostok
Quelques aperçus de Vladivostok
Quelques aperçus de Vladivostok
Quelques aperçus de Vladivostok

Quelques aperçus de Vladivostok

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